Le militant et intellectuel libanais Lokman Slim, connu pour ses positions critiques envers le mouvement chiite Hezbollah, a été retrouvé mort jeudi dans sa voiture, tué par balle.

Le chercheur et essayiste de confession chiite, engagé en faveur de la laïcité et de la démocratie et fervent opposant au confessionnalisme qui mine la politique libanaise, avait signalé avoir reçu des menaces en raison de ses positions hostiles au Hezbollah, soutenu par Téhéran.

Son épouse et sa soeur avaient signalé sa disparition mercredi soir, s'inquiétant de ne pas le voir rentrer. Il était censé revenir à Beyrouth, où il habite, après avoir rendu visite à un ami dans le sud du Liban, bastion du Hezbollah.

Slim, 58 ans, a été retrouvé "tué d'une balle dans la tête dans sa voiture" dans la région d'Al-Adoussiyeh, avait indiqué dans un premier temps à l'AFP une source sécuritaire sous couvert d'anonymat.

L'examen du médecin légiste a établi qu'il avait reçu cinq balles dans la tête et une dans le dos, a précisé plus tard cette source, évaluant l'heure du décès aux alentours de 02H00 (00H00 GMT) jeudi. Ses papiers d'identité n'ont pas été retrouvés.

Avant l'annonce du décès, sa soeur Rasha al-Ameer estimait que sa disparition était liée à ses opinions. "Il avait une position (politique), pour quelle autre raison pourrait-il avoir été kidnappé?", avait-elle relevé.

Le ministre de l'Intérieur Mohamed Fahmy a dénoncé un "crime horrible", assurant avoir contacté les responsables des appareils sécuritaires pour assurer le suivi de l'affaire.

Les hommages ont afflué sur les réseaux sociaux. "Non non non! Ca ne peut pas continuer comme ça. Non non, ça ne peut passer. TUER nos intellectuels? Nos libres penseurs? Non!", a notamment tweeté la militante Rita Chemaly.

Les ambassades de France, de Suisse ou encore de l'Union européenne ont exprimé leur "choc" ou leur "profonde tristesse".

- "Menaces" -

Le chercheur, qui a notamment étudié la philosophie à Paris, a beaucoup travaillé sur les problématiques de la mémoire, de la réconciliation et sur la question des disparus après la guerre civile libanaise (1975-1990), à travers son organisation Umam-DR.

Son meurtre n'est pas sans rappeler l'assassinat de l'historien et intellectuel Samir Kassir, tué en 2005 à Beyrouth.

Lokman Slim, qui rencontrait parfois de hauts responsables américains de passage à Beyrouth, a souvent été attaqué par la presse pro-Hezbollah pour des positions jugées favorables envers les Etats-Unis.

Habitué des plateaux de télévision, il dénonçait également le monopole politique des deux poids lourds chiites, Hezbollah et Amal, au sein de la communauté.

Slim avait fustigé en décembre 2019 les dirigeants de ces deux mouvements chiites, après deux rassemblements pour le "menacer" devant son domicile dans la banlieue de Beyrouth.

"Par précaution en cas d'atteinte, verbale ou physique, à venir, contre moi, mon épouse, ma maison ou mes proches, je fais porter l'entière responsabilité (...) de ce qui s'est passé, et de ce qu'il pourrait se passer à Hassan Nasrallah et Nabih Berri", avait-il écrit dans un communiqué, faisant référence au chef du Hezbollah et au chef du parti Amal qui est aussi le président du Parlement libanais.

Il avait notamment évoqué des affiches collées sur un mur de sa maison l'accusant d'être un traître et le menaçant.

A cette époque, peu après le soulèvement populaire d'octobre 2019 dénonçant l'incurie des dirigeants, Beyrouth était le théâtre de heurts réguliers entre partisans des partis chiites et manifestants anti-pouvoir.

- "Perte tragique" -

Un représentant de l'ONU au Liban Jan Kubis a déploré la "perte tragique" d'un homme représentant "la voix du courage, indépendant et honnête". Il a réclamé une enquête "rapide et transparente", espérant qu'elle ne suive pas l'exemple de celle sur l'explosion au port de Beyrouth il y a six mois exactement.

Cette déflagration dévastatrice, due à une énorme quantité de nitrate d'ammonium stockée depuis plusieurs années, a fait plus de 200 morts et 6.500 blessés. Mais l'enquête piétine.

Le Hezbollah, pointé du doigt par ses détracteurs, a nié toute implication immédiatement après la tragédie.

Le mouvement chiite, représenté au parlement et au gouvernement, est la seule faction libanaise à ne pas avoir démantelé son arsenal militaire après la guerre civile. Il est aujourd'hui engagé dans le conflit en Syrie voisine.