La conclusion, maintes fois repoussée, d'un accord de libre-échange Asie-Pacifique tombe à point pour Barack Obama. Elle donne corps à l'un de ses engagements anciens: ancrer plus fortement les Etats-Unis vers le continent le plus peuplé de la planète.

Au moment ou ses atermoiements au Moyen-Orient, en Syrie en particulier, suscitent une avalanche de critiques, le président américain engrange, à moins d'un an et demi de son départ, un réel succès diplomatique qui doit cependant encore franchir l'obstacle du Congrès.

Pièce centrale de sa politique étrangère, le "rééquilibrage" ou "pivot" vers l'Asie, une formule popularisée par Hillary Clinton lorsqu'elle dirigeait la diplomatie américaine, consiste à consacrer plus d'attention et de ressources (diplomatie, sécurité, économie) à ce continent après une décennie accaparée par le Moyen-Orient et les coûteuses guerres en Afghanistan et en Irak.

L'accord conclu lundi "renforce nos relations stratégiques avec nos partenaires et alliés dans une région qui sera vitale au XXIe siècle", a souligné le président américain. Pékin n'est pas partie prenante à cet accord qui rassemble 12 pays représentant 40% de l'économie mondiale.

Dès son arrivée à la Maison Blanche il y a près de sept ans, M. Obama affichait sa volonté de fixer un nouveau cap.

"Au cours de ma présidence, je compte montrer que les Etats-Unis sont un pays du Pacifique et que nous allons renforcer notre engagement dans cette partie du monde", lançait-il en novembre 2009 à Tokyo lors de sa première tournée en Asie.

"L'avenir des Etats-Unis et (celui) de l'Asie sont inextricablement liés", martelait-il, en annonçant "un renforcement des alliances" et la création de "nouveaux partenariats".

Pour Douglas Paal, de la Fondation Carnegie, l'accord de libre-échange conclu à Atlanta (Georgie) "donne une nouvelle impulsion" à ce rééquilibrage américain. Et cette avancée sur le font économique change aussi "le discours sur la place des Etats-Unis en Asie".

"Jusqu'ici, vous pouviez dire que l'Amérique ne faisait que poursuivre son engagement militaire mis en place après la Seconde guerre mondiale et renforçait sa diplomatie dans cette région pour retrouver le niveau qu'elle avait dans les années 1990", argumente cet ancien diplomate.

- Pékin ne doit pas fixer les règles -

Dix jours après la visite dans une atmosphère plutôt tendue du président chinois Xi Jinping à Washington, M. Obama a pris soin lundi de souligner la nécessité de contre-poids à Pékin dans la région.

"Quand plus de 95% de nos clients potentiels vivent au-delà de nos frontières, nous ne pouvons laisser des pays comme la Chine écrire les règles de l'économie mondiale", a-t-il lancé.

La phrase a aussi une portée de politique intérieure évidente. M. Obama sait que le vote au Congrès s'annonce difficile et il entend bien tirer bénéfice de le forte suspicion anti-Pékin qui règne sur Capitol Hill pour attirer quelques voix précieuses.

Le président démocrate fait, sur ce dossier, face à une vive résistance au sein de son propre camp, certains élus redoutant l'impact sur l'emploi américain de ce texte. Les républicains, traditionnellement plus favorables au libre-échange, avancent en ordre dispersé.

Selon une loi adoptée en juin, le Congrès devra voter pour ou contre l'accord commercial, sans pouvoir l'amender. La procédure prendra à coup sûr de longs mois et la Maison Blanche refuse de s'engager sur un calendrier.

Pour Douglas Pall, si cet accord est bien sûr "un message à Pékin" sur la place que les Etats-Unis entendent occuper sur le continent asiatique, il ne doit cependant pas être interprété comme un message d'exclusion.

"Si la Chine réussit à mener à bien les réformes économiques qu'elle a engagées, ce qui est loin d'être acquis, elle pourrait dans deux, trois ou cinq ans, vouloir rejoindre le TPP", souligne-t-il, jugeant que les Chinois pourraient y voir un puissant moteur de croissance au moment où la leur subit un inquiétant ralentissement.

Les 12 pays qui ont abouti à un accord après sept années de négociations sont: l'Australie, Brunei, le Canada, le Chili, le Japon, la Malaisie, le Mexique, la Nouvelle-Zélande, le Pérou, Singapour, les Etats-Unis et le Vietnam.