Le puissant ministre de l'Intérieur libyen, Fathi Bachagha, est sorti indemne dimanche d'une tentative d'assassinat près de Tripoli, faisant craindre une reprise des violences en plein effort pour une transition politique dans un pays miné par les luttes d'influence et le poids des milices.

M. Bachagha fait partie du Gouvernement d'union nationale (GNA) sortant de Fayez al-Sarraj, basé à Tripoli et reconnu par l'ONU. Il était fortement pressenti pour le poste de Premier ministre par intérim, finalement revenu le 5 février à Abdel Hamid Dbeibah, dans le cadre d'un processus politique parrainé par l'ONU.

Désigné en 2018 ministre de l'Intérieur, ce cacique de 58 ans a fait de la lutte contre la corruption son cheval de bataille. Il mène aussi une campagne pour réduire l’influence des milices qui résistent à l’autorité de l’Etat, offrant notamment des stages de formation aux miliciens ayant accepté d’intégrer les forces de l’ordre.

"Le ministre de l’Intérieur du GNA, Fathi Bachagha, a été la cible d’une tentative d’assassinat dimanche à 15H alors qu’il retournait à sa résidence à Janzour", une ville située à une dizaine de kilomètres de Tripoli, a indiqué le ministère dans un communiqué.

"Un véhicule blindé (...) a ouvert le feu sur le convoi avec des mitrailleuses et les agents de protection du ministère ont riposté en ouvrant le feu sur les assaillants", ajoute le texte.

"Un de ses gardes a été blessé" mais "le ministre est sain et sauf", selon le ministère.

Selon un membre de l'entourage du ministre, "deux des assaillants ont été arrêtés, le troisième, Radwan Al-Hangari, a succombé à ses blessures". Les trois assaillants sont originaires de Zawiya, à 50 km de Tripoli, a-t-on indiqué de même source à l'AFP.

Un journaliste de l'AFP présent près des lieux a entendu un échange de tirs intense pendant quelques minutes sur la route côtière de Janzour vers 15 heures locales (GMT+2). Les forces de l'ordre ont ensuite fermé cette route pendant une heure. La résidence du ministre de l'Intérieur se situe dans une zone touristique de Janzour.

M. Bachagha, un poids lourd de la politique locale, revenait d'une visite de routine au siège d'une nouvelle unité de sécurité qui dépend de son ministère.

L'ambassadeur des Etats-Unis, Richard Norland, a exprimé son "indignation" après l'attaque et affirmé dans un entretien téléphonique avec le ministre libyen "le soutien complet" de son pays aux efforts de M. Bachagha pour "mettre un terme à l'influence des milices", selon un communiqué de l'ambassade.

- Sécurité précaire -

Dix ans après le soulèvement appuyé par l'Otan qui a renversé le régime de Mouammar Kadhafi en 2011, la Libye est toujours minée par les luttes de pouvoir, divisée entre deux autorités rivales, sur fond d'ingérences étrangères. Le GNA à Tripoli et des autorités parallèles dans l'Est liées à l'homme fort Khalifa Haftar.

Le 23 octobre, les deux camps rivaux avaient signé un accord de cessez-le-feu permanent avec "effet immédiat", après des discussions à Genève sous l'égide de l'ONU.

Le 5 février, outre le Premier ministre par intérim, un Conseil présidentiel transitoire de trois membres a été désigné par un forum politique libyen en Suisse, pour assurer la transition dans l'attente d'élections annoncées pour décembre.

Mais la tentative d'assassinat est venue rappeler que la situation sécuritaire reste précaire, alors qu'une relance du dialogue politique a ravivé les espoirs d'une fin des divisions et des violences.

Le 17 février, les Libyens ont célébré à Tripoli et d'autres régions de l'ouest du pays le 10e anniversaire du début de la révolution ayant renversé Kadhafi en 2011.

Les autorités de l'Est, région contrôlée par le maréchal Haftar, n'ont tenu aucune célébration, pas même à Benghazi, berceau de la révolution et deuxième ville du pays.

Les ingérences étrangères ont aidé à alimenter l'animosité et les violences. Le GNA, installé en 2016 à Tripoli au terme d'un fragile processus onusien, est appuyé par la Turquie. Son rival, pouvoir incarné par Khalifa Haftar et implanté en Cyrénaïque (Est), est soutenu par les Emirats arabes unis, l'Egypte et la Russie.

Les Libyens sont eux appauvris, privés notamment des revenus des plus importantes réserves d'or noir d'Afrique. Leur quotidien est ponctué de pénuries de liquidités et d'essence, de coupures d'électricité, avec une inflation galopante.