Elle a voté pour la mise en accusation de Donald Trump, devenant la bête noire de ses partisans: Liz Cheney incarne une petite frange du parti républicain qui veut en finir avec le nationalisme exacerbé et la rhétorique populiste ayant porté l'ex-président au pouvoir.

Le 13 janvier, la numéro trois des républicains à la Chambre des représentants a associé sa voix à celles des démocrates, majoritaires à la Chambre basse du Congrès, dans la procédure historique de destitution contre Donald Trump, accusé d'"incitation à l'insurrection" après les violences du Capitole une semaine plus tôt.

"Nous avons une situation dans laquelle le président a clamé pendant des mois que l'élection avait été volée (...) et cela s'est terminé par une attaque contre le Capitole, cinq personnes sont mortes ce jour-là. C'est le genre d'attaque qui ne doit plus jamais arriver", a-t-elle expliqué dimanche sur Fox News.

Depuis son vote, elle est devenue la cible des partisans de l'ex-président qui ont appelé à la sanctionner.

A la Chambre, elle a survécu à un vote de défiance lors d'une réunion des élus républicains, dont certains voulaient la démettre de ses responsabilités au sein du parti.

Dans son Etat du Wyoming, où elle a été élue en 2016, elle a été visée par une motion de censure du parti républicain local, qui a demandé sa démission. Elle a refusé, expliquant qu'elle ne "plierai(t) pas sous la pression politique".

- Valeurs -

La fille de l'ancien vice-président Dick Cheney (2001-2009) estime que les républicains, en s'offrant à Donald Trump, ont renié leurs valeurs.

Pour elle, "le crime (des Trumpistes) est qu'ils sont incompétents pour gouverner, c'est leur péché originel", explique Matthew Schmidt, professeur de sciences politiques à l'Université New Haven.

Son vote contre Donald Trump était "un vote de conscience alors que ceux qui disent +le parti d'abord+ sont les agitateurs", ajoute-t-il.

Mais pour les soutiens de Donald Trump, elle représente le "marigot" de Washington dénoncé par l'ex-président, qui fustige des responsables politiques carriéristes auxquels les militants ne s'identifient plus.

Au contraire, Marjorie Taylor Greene, 46 ans, est une novice en politique élue en Géorgie en novembre.

Opposée à l'avortement, à l'immigration et à toute réglementation sur les armes à feu, Mme Greene a été évincée de son siège au sein de deux Commissions pour avoir relayé des théories du complot de la mouvance d'extrême droite QAnon.

"Un nombre record de républicains ont voté pour le président Trump" en novembre, a affirmé la semaine dernière Mme Greene, "les électeurs républicains le soutiennent, c'est son parti".

"Nous sommes le parti de Lincoln, pas celui de QAnon, de l'antisémitisme ou des négationnistes de l'Holocauste", lui a répondu Liz Cheney dimanche.

"Nous sommes le parti de la responsabilité, le parti de la vérité", a-t-elle affirmé, fustigeant les "mensonges" de Donald Trump qui refuse toujours de reconnaître la victoire de Joe Biden.

- "A la maison" -

La parlementaire de 54 ans est issue d'une famille au long passé politique.

Son père, âgé de 80 ans, a été élu du Wyoming de 1979 à 1989, avant de devenir ministre de la Défense de George H.W. Bush, puis vice-président de George W. Bush.

Liz Cheney a souvent été aux côtés de son père lors des campagnes électorales. Diplômée en droit de l'Université de Chicago, elle a intégré la Société financière internationale avant d'occuper plusieurs postes au département d'Etat, notamment sur le Proche-Orient.

Mariée à Philip Perry, avocat dans un célèbre cabinet de Washington, cette mère de cinq enfants avait tenté sa chance pour un siège au Sénat en 2014, avant de prendre le siège de son père à la Chambre en 2016.

Facilement réélue depuis, elle pourrait faire face à une forte opposition des partisans de Donald Trump en 2022.

"Liz Cheney a poignardé dans le dos" l'ancien président en votant sa mise en accusation, a affirmé récemment un adversaire potentiel, Anthony Bouchard.

Un autre fidèle de M. Trump, le parlementaire de Floride Matt Gaetz, a appelé les électeurs du Wyoming, lors d'un déplacement à Cheyenne, à la "renvoyer à la maison".