La liste des produits qui ont brûlé dans l'incendie de l'usine Lubrizol de Rouen jeudi dernier va être dévoilée mardi, a annoncé le Premier ministre Edouard Philippe, à quelques heures d'une manifestation pour réclamer la vérité sur cet accident.

Le préfet Pierre-Yves Durand "rendra publique" également "la quantité des produits qui ont brûlé", a précisé le Premier ministre devant l'Assemblée nationale.

Les agences publiques chargées des risques industriels (Ineris) et de la santé (Anses) vont être consultées sur l'éventualité de rechercher de nouveaux produits dans les retombées, a annoncé de son côté la ministre de la Transition écologique Elisabeth Borne.

Depuis l'incendie, le gouvernement multiplie les propos rassurants mais sans convaincre et promet la "transparence".

Un rassemblement est prévu à 18H00 devant le palais de justice de Rouen.

Alors que l'inquiétude se manifeste toujours à Rouen sur les conséquences de l'incendie sur la santé et l'environnement, un nouvel incident s'est produit dans une autre usine Seveso classée seuil haut située dans l'agglomération.

La préfecture a annoncé la "mise à l'arrêt" de cette usine Borealis, qui produit des engrais, en raison d'un incident sur l'alimentation électrique.

Selon Guillaume Blavette, représentant France Nature environnement au Conseil départemental de l'environnement et des risques (Coderst), Boréalis contient "la plus grande cuve d'ammoniac d'Europe". "Il y a de quoi vitrifier la moitié de Rouen", a-t-il dit.

Depuis l'incendie de Lubrizol, les visites ministérielles se succèdent. Dernière en date, celle du Premier ministre lundi soir: Edouard Philippe a assuré que les odeurs, aussi "gênantes" soient-elles, n'étaient pas "nocives", sur la foi des analyses effectuées.

Le directeur du site de Lubrizol Laurent Bonvallet a assuré mardi matin sur France Bleu Normandie que "la liste des produits (qui ont brûlé) a été communiquée" aux autorités qui l'ont demandée.

Mais la suspicion demeure forte.

L'eurodéputé EELV Yannick Jadot a réclamé "la transparence absolue sur ce qui a brûlé" et la publication de la liste des produits stockés dans l'usine, reprochant au gouvernement de "participer à l'inquiétude" des "salariés et des riverains".

Delphine Batho, présidente de Génération Ecologie et ex-ministre de l'Ecologie, a évoqué "une faute de l'Etat".

- Multiplication des recours -

Constatant "le climat de suspicion généralisée", le préfet de Normandie Pierre-André Durand s'est demandé "quel serait l'intérêt des pouvoirs publics de mentir".

Mardi, à Rouen, l'odeur était encore très marquée dans certains quartiers, a constaté une journaliste de l'AFP.

Selon le cabinet du maire, mardi cinq à six écoles rouennaises sont "soit fermées car les enseignants ont fait usage de leur droit de retrait, soit ont demandé aux parents de venir chercher leurs enfants quand ils le pouvaient à cause de l'odeur".

Sur le front judiciaire, plusieurs recours devant les tribunaux sont déjà déposés.

L'association Respire a engagé lundi soir un référé-constat auprès du tribunal administratif de Rouen pour obtenir la nomination d'"un expert afin de constituer les éléments du dossier de manière contradictoire", a expliqué à l'AFP Me Corinne Lepage.

"Il me semble que toutes les analyses n'ont pas été faites et qu'il y a des produits dont on ne parle pas et dont il faudrait parler comme les dioxines, l'amiante et les métaux lourds", a ajouté l'ancienne ministre.

Un autre référé-constat, déposé par Me Julia Massardier au nom de deux détenus de la maison d'arrêt de Rouen, demande des relevés dans l'établissement, faisant valoir qu'aucune protection n'a été prise.

Côté police, Yan Bertrand, secrétaire du syndicat Unité SGP police Seine-maritime, a indiqué avoir saisi le préfet. "Nous voulons savoir si toutes les dispositions ont été prises pour assurer la sécurité des fonctionnaires qui sont intervenus au moment du sinistre".

Des avocats rouennais se mobilisent également et ont décidé d'organiser "des consultations gratuites spécifiques" sur l'incendie. A titre personnel, plusieurs d'entre eux ont aussi porté plainte.

Au moins 1.800 agriculteurs ont été touchés par les suies de l'incendie de l'usine Lubrizol, selon le ministère de l'Agriculture. Les premières indemnisations pourraient intervenir sous une dizaine de jours.