Les propos rassurants du gouvernement ne leur suffisent pas. Syndicats, associations et écologistes réclament mardi la vérité sur les produits qui ont pris feu jeudi dernier à l'usine Lubrizol, alors qu'un autre site Seveso tout proche a été mis à l'arrêt.

Un rassemblement est prévu mardi à 18H00 devant le palais de justice de Rouen.

Alors que l'inquiétude se manifeste toujours à Rouen sur les conséquences de l'incendie sur la santé et l'environnement, un nouvel incident s'est produit dans une autre usine Seveso seuil haut située dans l'agglomération.

La préfecture a annoncé la "mise à l'arrêt" de cette usine Borealis, qui produit des engrais, en raison d'un incident sur l'alimentation électrique. Elle a assuré qu'il n'y avait pas eu d'incendie, ce qu'a contesté dans un premier temps la CGT.

Selon Christine Poupin, représentante du syndicat au sein de l'usine, "les postes électriques sont très vétustes". Le site de Borealis est situé à environ quatre kilomètres de l'usine Lubrizol.

Depuis jeudi, les visites ministérielles se succèdent pour tenter de rassurer la population et les agriculteurs dont la production est affectée. Dernière en date, celle du Premier ministre lundi soir: Edouard Philippe a une nouvelle fois promis "l'absolue transparence" et assuré que les odeurs, aussi "gênantes" soient-elles, n'étaient pas "nocives", sur la foi des analyses effectuées.

Le directeur du site de Lubrizol Laurent Bonvallet a assuré mardi matin sur France Bleu Normandie que "la liste des produits (qui ont brûlé) a été communiquée" aux instances qui l'ont demandée.

Mais les écologistes ne veulent pas en rester là.

L'eurodéputé EELV Yannick Jadot a réclamé "la transparence absolue sur ce qui a brûlé" et la publication de la liste des produits qui étaient stockés dans l'usine. Il a reproché au gouvernement de "participer à l'inquiétude, à l'angoisse des salariés et des riverains" en ne publiant pas cette liste.

"Quelle est la liste des produits qui ont brûlé ?", a également demandé Delphine Batho, présidente de Génération Ecologie et ex-ministre de l'Ecologie, évoquant "une faute de l'Etat".

- Multiplication des recours -

Lundi, à la reprise des cours, des élèves et professeurs se sont plaints de nausées et vomissements, certains enseignants allant jusqu'à exercer leur droit de retrait.

Et dans la soirée, plusieurs centaines de manifestants scandant "On veut la vérité!" ont tenté d'entrer dans la salle où se tenait le conseil métropolitain de Rouen. Ils ont été repoussés par la police, sans incident.

Plusieurs recours devant les tribunaux sont déjà déposés.

L'association Respire a ainsi engagé lundi soir un référé-constat auprès du tribunal administratif de Rouen pour obtenir la nomination d'"un expert afin de constituer les éléments du dossier de manière contradictoire", a expliqué à l'AFP Me Corinne Lepage.

"Je ne suis pas complotiste: je ne dis pas que l'Etat ment". En revanche, "il me semble que toutes les analyses n'ont pas été faites et qu'il y a des produits dont on ne parle pas et dont il faudrait parler comme les dioxines, l'amiante et les métaux lourds", a ajouté l'ancienne ministre.

Un autre référé-constat, déposé par Me Julia Massardier au nom de deux détenus de la maison d'arrêt de Rouen, demande des relevés dans l'établissement, faisant valoir qu'aucune protection n'a été prise.

Côté police, Yan Bertrand, secrétaire du syndicat SGP police Seine-maritime, a indiqué avoir "saisi par courrier le préfet pour l'organisation d'un CHSCT extraordinaire". "Nous voulons savoir si toutes les dispositions ont été prises pour assurer la sécurité des fonctionnaires qui sont intervenus au moment du sinistre".

La ministre de la Transition écologique Elisabeth Borne sera auditionnée mercredi à l'Assemblée nationale par la commission du Développement durable. Dans les rangs des parlementaires, des députés de gauche réclament une commission d'enquête.

Mardi matin, Didier Guillaume, ministre de l'Agriculture, a indiqué que les résultats d'analyses sur les suies et pollutions seraient publiés "demain ou après-demain" et assuré que les premières indemnisations d'agriculteurs devraient intervenir sous dix jours.

Concernant l'origine du sinistre, Lubrizol, qui a porté plainte pour "destruction involontaire", a évoqué lundi un départ de feu extérieur à l'usine.