Une semaine après l'incendie qui a détruit plus 5.000 tonnes de produits chimiques à l'usine Lubrizol de Rouen, les produits qui ont brûlé sont désormais connus mais leur dangerosité pour la santé pose encore question.

La ministre de la Santé Agnès Buzyn l'a reconnu mercredi matin. "En réalité, aujourd'hui, personne ne sait exactement ce que donnent ces produits mélangés lorsqu'ils brûlent. C'est la demande que nous allons faire à l'Ineris, qui est l'agence chargée de l'évaluation des risques industriels", a-t-elle dit.

"L’État aujourd'hui ne peut pas répondre à cette question", a-t-elle dit.

Selon la ministre, "cette pollution qui est réelle, pour l'instant elle n'entraîne pas de risques pour la santé, avec ce que nous connaissons aujourd'hui".

Alors que la population rouennaise a manifesté son inquiétude mardi soir dans la rue, le ministre de l'Intérieur Christophe Castaner a estimé "normal qu'une enquête judiciaire ne se fasse pas d'un claquement de doigt".

C'est désormais le pôle santé publique du parquet de Paris qui est en charge du dossier.

Au Sénat, le Premier ministre Edouard Philippe a promis de veiller "à ce que rien ne vienne exonérer la responsabilité de l'industriel" dans l'indemnisation des dommages.

Fidèle à la promesse de "transparence", la liste des produits qui ont brûlé, reçue le matin même, a été publiée mardi soir. La préfecture a assuré que "tous les produits ne sont pas dangereux" et mis en ligne 479 fiches sur "les caractéristiques des produits et les risques associés" en cas de combustion.

Selon Jean-François Narbonne, professeur honoraire de toxicologie à l'université de Bordeaux, "la grande question, ce sont les produits issus de la combustion, de type dioxines. Cela peut donner des mélanges, des cocktails. Quand ça brûle, ça fait des choses qu'il faut identifier", a-t-il expliqué à l'AFP.

"On a des produits dangereux, on a des produits de combustion dangereux, après pour savoir s'il y a un risque sanitaire il faut des données d'exposition, et là, pour l'instant, on est en manque, mais ça va arriver car des prélèvements ont été faits", a expliqué à l'AFP Fabrizio Pariselli, toxicologue à l'unité de prévention du risque chimique du CNRS.

- "On ne sait pas grand chose" -

A Rouen, mercredi, persistait une forte odeur d'hydrocarbures par endroits, ont constaté des journalistes de l'AFP.

Lucas Perrin, un lycéen rencontré mercredi, a raconté que les élèves "défilaient à l'infirmerie" et que l'odeur était "pire à l'intérieur de l'établissement". "C'est forcément nocif", dit-il.

De son côté, Véronique Chassagne, 59 ans, a observé qu'"en vérité on ne sait pas grand-chose" et refuse de "tomber dans la psychose". "On ne va pas quitter Rouen, qui est une des villes les plus polluées de France et dont l'industrie fait partie de l'histoire de la ville", a-t-elle dit à l'AFP.

Il reste à évacuer de l'usine 160 fûts endommagés, qui "participent aux émanations d'odeurs", avait indiqué mardi le préfet, qui doit faire un nouveau point mercredi.

Plus de 100 maires et élus normands ont demandé mercredi la reconnaissance rapide de "l'état de catastrophe technologique" et la mise en place d'un registre de suivi médical.

Les députés ont décidé de créer une mission d'information. Ils doivent auditionner la ministre de la Transition écologique Élisabeth Borne mercredi soir. Du côté du Sénat, une commission d'enquête est "dans les tuyaux".

Par ailleurs, le gouvernement va demander "à l'ensemble des dirigeants des sites Seveso d’effectuer des contrôles de sécurité", a annoncé mercredi le porte-parole du gouvernement, Sibeth Ndiaye.

Elle a aussi annoncé la mise en place d'un numéro vert pour répondre aux questions sur les conséquences de l'incendie (0800 009 785).

La fédération Chimie-Energie CFDT réclame de son côté "la création d'un Bureau Enquête Accident (BEA) spécifique aux risques industriels majeurs, à l'image de l'aviation civile ou des transports".

Quant à l'usine Borealis, classée Seveso seuil haut, mise à l'arrêt mardi matin en raison d'un incident électrique, elle l'était toujours mercredi à la mi-journée. "La reprise de l’activité sera effectuée" une fois les analyses terminées, a indiqué à l'AFP l'entreprise, ajoutant que "la priorité est bien sûr d'assurer la sécurité d’abord".