A quelques jours de la Journée des femmes, la bataille autour du féminisme a créé des tensions entre les socialistes et la gauche radicale, alliés au sein du gouvernement espagnol et qui cherchent tous deux à dominer le puissant mouvement féministe.

La pomme de discorde a été la présentation mardi du projet de loi sur les violences sexuelles baptisé "seul un oui est un oui" et introduisant la notion de consentement explicite.

Défendu par la ministre de l'Egalité et numéro deux de Podemos, Irene Montero, ce texte a été retoqué par le ministère de la Justice, dirigé par le socialiste Juan Carlos Campo.

Dans un rapport interne, ce ministère a déploré "les doublons inutiles" avec d'autres lois d'un texte qui ne prévoit pas "les mécanismes nécessaires pour assurer son application" et empiète sur la loi pionnière contre les violences de genre de 2004.

De quoi causer la fureur du chef de Podemos et vice-président du gouvernement, Pablo Iglesias, qui est également ... le compagnon d'Irene Montero.

"Derrière les excuses techniques, je crois qu'il y a beaucoup de machistes frustrés", a-t-il lancé avant que le chef de ce parti au Parlement, Pablo Echenique, ne surenchérisse en affirmant que "lorsque des femmes prestigieuses rédigent une loi, il faut qu'un macho vienne dire +ne t'inquiète pas, je vais t'expliquer comment faire les choses".

Tentant d'éteindre la polémique, la numéro deux du parti socialiste (PSOE) Adriana Lastra est montée au créneau pour démentir l'existence de "ministres machistes". "Il y a un gouvernement féministe, du premier au dernier" ministre, a-t-elle assuré.

Le ministre de la Justice Juan Carlos Campo a dû se défendre en justifiant les retouches par sa volonté que les projets de loi "soient les plus parfaits possibles" tandis que Pablo Iglesias a assuré que ses critiques ne visaient pas M. Campo.

- Divergences -

Cette controverse est un nouvel exemple des divergences entre les socialistes et Podemos qui avaient pourtant promis de les mettre de côté avant de former en janvier le premier gouvernement de coalition du pays depuis la fin de la dictature franquiste en 1975.

Dans ce contexte tendu, les deux partis ont d'ailleurs convoqué la semaine prochaine une commission de suivi créée lors de la formation du gouvernement pour s'assurer du respect de leur accord de coalition.

Mais cette polémique révèle surtout le fait que les socialistes et Podemos "se disputent pour avoir l'hégémonie" au sein du puissant mouvement féministe espagnol, analyse Cristina Monge, politologue à l'Université de Saragosse.

"Le PSOE s'affiche comme un parti de gouvernement, un parti qui sait légiférer, et présente les membres de Podemos comme des novices", alors que le parti de Pablo Iglesias "accuse le PSOE d'avoir moins d'ambition réformatrice", explique l'universitaire.

Considérée comme pionnière depuis l'adoption de la loi de 2004 sur les violences de genre, l'Espagne compte un puissant mouvement féministe qui a fait descendre des centaines de milliers de femmes dans la rue depuis deux ans pour la Journée des droits des femmes le 8 mars.

Depuis son arrivée au pouvoir, le Premier ministre Pedro Sanchez a fait du féminisme un des piliers de son action, nommant en 2018 le gouvernement le plus féminin de l'histoire du pays. Il a depuis promu récemment des femmes à la tête des services secrets, de la Garde civile et de trois des quatre vice-présidences de son exécutif.

L'opposition de droite du Parti populaire (PP) n'a pas manqué de se moquer de la cacophonie gouvernementale.

"Si j'étais ministre de l'Égalité aujourd'hui et que mon mari, vice-président du gouvernement, montait au créneau pour me défendre des critiques d'un collègue au gouvernement comme un mâle alpha, je l'enverrais dormir sur le canapé", a raillé la présidente des députés du PP, Cayetana Álvarez de Toledo.