Emmanuel Macron exprime jeudi le soutien des Français aux victimes du terrorisme lors d'une cérémonie aux Invalides, avant une rencontre avec l'imprimeur qui avait été pris en otage par les frères Kouachi en 2015, aujourd'hui encore traumatisé.

Pour cette deuxième Journée nationale d'hommage aux victimes du terrorisme, le chef de l'Etat, accompagné de son épouse Brigitte, déposera à 9h30 une gerbe devant la statue "La Parole portée", représentant une femme décapitée, dédiée aux victimes des attentats. Les anciens présidents Nicolas Sarkozy et François Hollande, le Premier ministre Jean Castex et plusieurs ministres et maires seront présents.

Un extrait du livre "Le lambeau" du journaliste Philippe Lançon, grièvement blessé dans l'attentat de Charlie Hebdo en 2015, sera lu par Chloé Bertolus, la chirurgienne qui l'a opéré. Puis Emmanuel Macron s'entretiendra avec les présidents de treize associations de victimes.

Il se rendra ensuite à l'imprimerie Catalano à Dammartin-en-Goële (Seine-et-Marne) pour rencontrer Michel Catalano, qui avait été pris en otage par les frères Kouachi au cours de leur cavale après l'attentat de Charlie Hebdo en 2015.

Le patron de cette petite imprimerie a écrit au chef de l'Etat pour l'inviter aux 20 ans de son entreprise, a indiqué l'Elysée, en saluant le discours "optimiste" de l'entrepreneur.

- Stress post-traumatique -

Le 9 janvier 2015, vers 8h30, Saïd et Chérif Kouachi, traqués par les forces de l'ordre après avoir semé la mort à Charlie Hebdo deux jours plus tôt, sonnent à la porte de l'imprimerie à une trentaine de kilomètres au nord de Paris.

Le chef d'entreprise reconnaît immédiatement les deux hommes lourdement armés. Il envoie aussitôt son employé Lilian Lepère se cacher sous un évier.

Commence alors pour lui une heure et demie terrifiante, où il craint à chaque instant que les tueurs ne découvrent Lilian et les tuent tous les deux.

Une patrouille de gendarmes arrive et échange des tirs avec les deux frères. L'un d'eux, blessé au cou, lui demande de lui poser un pansement, Michel Catalano s'exécute. Les deux assaillants le laissent sortir. Lilian Lepère reste caché à l'intérieur.

En fin d'après-midi, François Hollande ordonne de donner l'assaut à l'imprimerie ainsi qu'à l'Hyper Cacher de la porte de Vincennes, où leur complice Amedy Coulibaly s'est également retranché avec des otages.

Les trois hommes sont abattus. Michel Catalano retrouve son employé sain et sauf. Son imprimerie a été détruite par les explosifs utilisés pendant l'assaut.

Après l'attaque, l'imprimeur prend de plein fouet le stress post traumatique: "J'avais du mal à m'exprimer, je pleurais, je bégayais, la nuit je ne dormais pas, j'avais des flashes qui revenaient sans cesse", racontait-il l'été dernier.

Six ans après, il a encore "la boule au ventre" chaque matin quand il ouvre le portail de son imprimerie. Il dit avoir tenu grâce à sa famille, ses amis, à l'AFVT (Association française des victimes du terrorisme), et à ces "milliers de lettres de soutien reçues du monde entier".

La Journée nationale d'hommage aux victimes du terrorisme, actée en 2019, est organisée pour la deuxième année consécutive. La date du 11 mars a été choisie au niveau européen par des associations, en référence à l'attentat de Madrid de 2004.

Depuis janvier 2015, les attentats ont fait plus de 260 morts en France, les plus meurtriers ayant été ceux du 13 novembre 2015 avec 130 morts à Paris et Saint-Denis, et celui du 14 juillet 2016 à Nice (86 morts).

Au total, plus de 6.300 victimes et proches ont été pris en charge par le Fonds de garantie des victimes (FGTI) depuis 2015. Plus de 400 Français victimes d'un attentat à l'étranger ont été suivis ainsi que près de 1.000 victimes étrangères.

"La menace terroriste reste toujours élevée", souligne l'Elysée, en précisant que 33 attentats ont été déjoués depuis 2017.

Pour le numéro 2 du Rassemblement national, Jordan Bardella, "le premier des hommages" à rendre aux victimes du terrorisme est de "lutter contre le fondamentalisme islamiste qui nous a déclaré la guerre", qualifiant de "dérisoire" le projet de loi du gouvernement sur les séparatismes.