Face à l'accélération de l'épidémie de coronavirus, qui alimente les rumeurs de confinement total du pays, Emmanuel Macron s'adresse de nouveau aux Français lundi à 20H00, après un conseil de défense à la mi-journée autour d'un exécutif placé sous haute pression.

Au lendemain d'un premier tour des municipales ignoré par une majorité d'électeurs inquiets, la question d'un report du second tour, prévu dimanche 22 mars, est également sur la table, réclamé par de nombreux responsables politiques.

A Paris, la candidate LREM Agnès Buzyn a d'ores et déjà annoncé qu'elle arrêtait sa campagne.

Un confinement total des Français règlerait de toute façons la question. Est-il imminent? L'Elysée a démenti lundi matin, et la porte-parole du gouvernement Sibeth Ndiaye a qualifié de "fake news" la rumeur qui courait dimanche soir d'un confinement immédiat à l'issue du scrutin.

Mais, a-t-elle aussi dit, alors que la situation sur le front de l'épidémie "se dégrade", le gouvernement prendra "toutes les mesures" qui permettront de "modifier en profondeur les comportements" des Français face au coronavirus. Car leur "prise de conscience" n'est pour l'heure "pas au rendez-vous", a-t-elle jugé, alors que les images de promeneurs dimanche sous un soleil radieux ont suscité de nombreuses critiques.

La situation "est très inquiétante" et "se détériore très vite", a confirmé le directeur général de la Santé Jérôme Salomon, s'inquiétant d'une éventuelle "saturation" des hôpitaux.

Le dernier bilan dimanche soir fait état de 127 morts et 5.423 cas confirmés.

Emmanuel Macron réunit lundi un déjeuner de travail "en format Conseil de défense" pour décider de nouvelles mesures à prendre pour lutter contre l'épidémie, après la fermeture des crèches, établissements scolaires et universités, et celle de tous les "lieux recevant du public non indispensables à la vie du pays".

Le chef de l'Etat avait déjà pris la parole jeudi soir dans une allocution suivie par plus de vingt millions de Français pour annoncer la fermeture des établissements scolaires et expliquer aux Français la gravité de la crise sanitaire.

Face à l'épidémie mondiale du Covid-19, plusieurs pays voisins de la France ont pris de mesures de confinement total, à l'image de l'Italie et de l'Espagne, les deux Etats européens les plus touchés.

Le Pr Philippe Juvin, chef des urgences de l'hôpital parisien Georges-Pompidou, recommande un confinement aussi en France. "On voit la vague arriver", a-t-il alerté lundi, évoquant le Haut-Rhin, où les "les capacités de réanimation sont dépassées" à Mulhouse, et la région parisienne où "on a assisté à un doublement du nombre de patients hospitalisés en réanimation (...) en trois jours".

- "Changer la loi électorale" -

Alors que Bruxelles attend désormais une récession pour 2020, la ministre du Travail Muriel Pénicaud a annoncé lundi que la réforme de l'indemnisation du chômage, qui devait entrer en vigueur le 1er avril, serait reportée au 1er septembre.

Le coronavirus a également imprimé sa marque sur le premier tour des élections municipales dimanche. Parmi les quelque 47,7 millions d'électeurs appelés à élire leur maire, moins de la moitié se sont effectivement déplacés. Un chiffre historiquement bas pour un scrutin généralement mobilisateur chez les Français.

Dans ces circonstances, les appels à un report du second tour, prévu dimanche 22 mars, ont immédiatement fusé, de la part de Damien Abad et Bruno Retailleau (Les Républicains), de la présidente du Rassemblement national Marine Le Pen, de François Ruffin (LFI) et des écologistes d'EELV.

L'eurodéputé EELV Yannick Jadot a réitéré son appel lundi matin: "puisqu'il y a eu ce premier tour dans des conditions absolument uniques, il faut maintenir ce premier tour et changer la loi électorale pour repousser le second".

Le Premier ministre Edouard Philippe a annoncé dimanche qu'il réunirait "à nouveau en début de semaine" les experts scientifiques et "les représentants des forces politiques" afin de prendre une décision.

M. Philippe est soumis à une intense pression après le choix de l'exécutif de maintenir, malgré le contexte sanitaire, ce premier tour, sous la pression de nombreux élus, notamment de droite.

A Paris, où la maire PS sortante Anne Hidalgo à Paris compte une large avance à l'issue du premier tour, les partenaires traditionnels écologistes et l'équipe de Cédric Villani retardent les discussions, a appris l'AFP de sources concordantes.

Ailleurs en France, les écologistes ont effectué une belle percée. Si un 2e tour se tenait, ils pourraient nourrir des espoirs sérieux à Strasbourg, Bordeaux, Lyon, Besançon et Grenoble notamment. Le RN de Marine Le Pen a confirmé, par plusieurs victoires dès le premier tour, ses positions acquises en 2014 à Hénin-Beaumont (Pas-de-Calais), Fréjus (Var), Hayange (Moselle) ou Beaucaire (Gard). Il s'est aussi placé en situation de conquérir Perpignan.

Le ballottage favorable au Havre du Premier ministre Edouard Philippe et la victoire à Tourcoing du ministre des Comptes publics Gérald Darmanin n'ont pas occulté le fait que l'implantation locale de LREM n'était pas en marche. Et LR, qui avait triomphé aux municipales de 2014 avant de s'effondrer à partir de 2017, s'est à peu près maintenu.