L'UE a manifesté sa préoccupation et son mécontentement lundi face aux agissements de la Turquie en Méditerranée orientale et aux violations des droits humains dans ce pays, mais le chantage aux réfugiés d'Ankara paralyse ses moyens d'action.

"Nos relations avec la Turquie ne sont pas particulièrement bonnes en ce moment et ce sera le point le plus important de l'ordre du jour aujourd'hui", a souligné le chef de la diplomatie européenne Josep Borrell avant de présider une réunion des ministres des Affaires étrangères de l'Union européenne, la première organisée à Bruxelles depuis quatre mois.

M. Borrell s'est rendu à Ankara il y a une semaine et ses entretiens avec le ministre turc des Affaires étrangères Mevlüt Cavusoglu ont été difficiles.

"Ce qui se passe en Turquie est inquiétant", a estimé la ministre suédoise Ann Linde. "Nous constatons une série d'actions de la part de la Turquie qui méritent une discussion sur la manière dont nous allons les traiter", a ajouté son homologue espagnole Arancha Gonzalez Laya.

Mais tous les ministres ont souligné l'importance du partenariat avec la Turquie, également membre de l'Otan.

En froid avec Ankara, la France a demandé une discussion au sein de l'UE afin de permettre "une clarification" sur la position à adopter face à la Turquie.

Paris compte des soutiens. Le chef de la diplomatie du Luxembourg, Jean Asselborn, n'a pas caché sa déception. "J'avais de grands espoirs il y a 15 ou 16 ans que la Turquie puisse devenir un pays européen, un grand pays musulman, qui fait avancer la démocratie. Malheureusement nous devons admettre que cela va dans la mauvaise direction", a-t-il estimé à son arrivée à Bruxelles. Le Luxembourgeois a participé à la réunion de 2004 au cours de laquelle l'UE a accordé le statut de pays candidat à la Turquie.

- "Attaque contre la civilisation" -

Un lourd contentieux oppose Ankara et ses partenaires de l'UE.

La Turquie soutient militairement le gouvernement d'union nationale en Libye et est accusée de violer l'embargo des Nations unies sur les livraisons d'armes à ce pays.

Ankara mène des forages dans la zone économique maritime de Chypre jugés illégaux et sanctionnés par l'UE.

La Turquie combat en Syrie les forces kurdes, alliées à la coalition internationale contre l'Etat islamique, à laquelle appartiennent plusieurs membres de l'UE.

Le président turc Recep Tayyip Erdogan est par ailleurs accusé de violer les droits de l'homme dans son pays et sa décision de transformer en mosquée l'ex-basilique Sainte-Sophie, un haut lieu de l'orthodoxie, est vécue comme une "provocation" en Grèce.

"Cette décision est une attaque contre la civilisation", a déploré Jean Asselborn. "Je pense qu'avec ce geste, la Turquie a en quelque sorte effacé son rapprochement avec l'UE", a-t-il estimé.

La Turquie rejette ces accusations et dénonce le manque de parole de l'UE, incapable de tenir les engagements d'un accord conclu en 2016, qui prévoyait une exemption des visas européens pour les Turcs en échange d'un contrôle des flux migratoires par Ankara.

Le chef de la diplomatie turque a mis en garde Josep Borrell lors de leur entretien. Il a reproché à l'UE de lier la question des migrants et les tensions en Méditerranée orientale et prévenu qu'en l'absence de progrès dans les discussions, "la Turquie continuera de ne pas retenir ceux qui veulent partir" en Europe.

L'annonce au début de l'année par la Turquie de l'ouverture de la frontière avec la Grèce a provoqué l'afflux de dizaines de milliers de migrants.

La menace est prise très au sérieux en Allemagne. La chancelière Angela Merkel ne veut pas d'une nouvelle crise des migrants pendant le semestre de sa présidence de l'UE, a confié à l'AFP un responsable européen. Un nouveau financement de 485 millions d'euros proposé par la Commission européenne vient d'être approuvé par le Parlement européen pour aider les quelque 4 millions de réfugiés syriens installés en Turquie.