Les députés européens élus fin mai ont pris officiellement possession de leurs sièges mardi à Strasbourg, lors d'une session marquée par la manifestation de plusieurs milliers de Catalans et par l'hostilité démonstrative des élus britanniques pro-Brexit dans l'hémicycle.

Une dizaine de milliers de manifestants ont agité des drapeaux de la Catalogne devant le siège de l'institution en soutien à trois élus indépendantistes empêchés de siéger par les autorités espagnoles, parce qu'ils n'ont pas pu prêter serment à Madrid.

A l'intérieur, la session a démarré au son de l'Ode à la Joie, boudée ostensiblement par les 29 députés du Brexit Party de Nigel Farage. Priés de se lever durant l'hymne européen, ils l'ont fait mais en tournant le dos à l'assemblée.

La principale mission de cette session inaugurale est d'élire un nouveau président du Parlement mercredi.

Publiée dans la soirée, la liste des candidats au poste, l'un des "top jobs" que doivent se répartir les grandes familles politiques européennes, compte quatre personnes. Le favori est l'Italien David Sassoli, choisi comme candidat par le groupe Socialistes & Démocrates.

Le chef de file du principal parti du Parlement, le PPE conservateur, Manfred Weber, qui a échoué à s'imposer à la Commission européenne, a déclaré que son groupe était "prêt à soutenir" un candidat socialiste, dans un souci d'alternance, le président sortant, l'Italien Antonio Tajani, étant membre du PPE.

L'écologiste allemande Ska Keller, l'Espagnole Sira Rego du groupe d'extrême-gauche GUE/NGL et le conservateur tchèque Jan Zahradil sont les autres prétendants.

- Vote repoussé -

Le choix du successeur d'Antonio Tajani devait avoir lieu dès mardi, mais il a été reporté à mercredi pour laisser le temps aux dirigeants des 28 de se mettre d'accord sur une répartition des plus hautes fonctions européennes.

Ceux-ci ont fini par se mettre d'accord mardi soir sur plusieurs noms, notamment celui de la ministre allemande Ursula von der Leyen (PPE) comme prochaine présidente de la Commission.

Un choix "profondément décevant", a déploré le groupe social-démocrate, qui souhaitait que ce poste soit attribué à sa tête de liste aux européennes, le Néerlandais Frans Timmermans.

Ecarté par le Conseil européen, Manfred Weber n'a pas non plus caché sa déception face au choix de mettre à la tête de la Commission une personne non impliquée dans les élections européennes.

"C'est un triste jour pour nous en tant que parlementaires", a-t-il déclaré à la presse, tout en assurant que, par loyauté, il soutiendrait la proposition du Conseil. Le président français Emmanuel Macron était particulièrement opposé à placer Manfred Weber à la plus haute fonction de l'UE, lui reprochant un manque d'envergure.

- "Où vont nos votes?" -

Les manifestants pro-catalans venus mardi par milliers devant le Parlement à Strasbourg ont pointé du doigt l'attitude jugée antidémocratique de Madrid.

"Où vont nos votes si après, les personnes qu'on élit ne peuvent pas exercer leur rôle? Dans la rivière?" s'est indigné auprès de l'AFP Santiago Solsona, montrant le canal qui borde le Parlement européen.

Cet avocat catalan de 54 ans, venu manifester à Strasbourg avec sa femme et son fils, jugeait "important d'être ici" pour soutenir les trois indépendantistes élus fin mai en Espagne, mais n'ayant pu prêter serment à Madrid comme cela était exigé.

Il s'agit de Carles Puigdemont, l'ex-chef du gouvernement régional catalan qui vit en Belgique pour échapper à un mandat d'arrêt espagnol, après la tentative de sécession de 2017, et de son colistier Toni Comin, dans la même situation. L'indépendantiste Oriol Junqueras, en détention provisoire, n'était pas non plus à Strasbourg.

Une intervention en vidéo de Puigdemont a été diffusée mardi sur un écran géant sous les applaudissements de la foule devant le siège du Parlement.

- Farage de retour -

Puisque le Brexit n'a toujours pas eu lieu - la nouvelle date butoir est fixée au 31 octobre -, il y avait à nouveau 73 députés britanniques à Strasbourg (sur 751), dont l'europhobe Nigel Farage. Son Brexit Party, avec 29 élus, est même le parti national avec la plus grande délégation.

En théorie, le nouveau Parlement ne devait compter que 705 sièges. 27 des sièges britanniques devaient être redistribués à d'autres pays, tandis que les 46 autres devaient être mis de côté pour d'éventuels nouveaux élargissements de l'UE.

Le report du divorce a changé la donne et créé une situation inédite : les Britanniques vont occuper leurs sièges provisoirement, jusqu'à ce que le Brexit se concrétise. Et 27 personnes élues fin mai seront "réservistes" en attendant.

"Nous ne devrions pas être là", a dit Nigel Farage, fustigeant "la classe politique britannique qui a laissé tomber son peuple".

D'autres élus britanniques, les Lib-Dem membres du groupe Renew Europe aux côtés des macronistes français, ont arboré eux à Strasbourg des T-shirts jaunes clamant : "Stop Brexit".