"Pour les droits sociaux et la liberté": à travers tout le pays, la mobilisation en cours contre la loi "sécurité globale" converge samedi avec celle prévue contre la précarité, avec de premières tensions dans la manifestation parisienne.

Près de 90 rassemblements étaient annoncés par les organisateurs en France. A Paris, plusieurs milliers de personnes ont commencé à manifester vers 14H15, "Gilets jaunes" en tête, depuis la porte des Lilas, jusqu'à la République.

Plus d'une heure trente après le départ, des projectiles ont été lancés sur les forces de l'ordre, qui ont répliqué en faisant usage de gaz lacrymogènes.

"Liberté, Égalité, Fraternité, pour qui!", affirmait la banderole de tête des "gilets jaunes", passée devant celle des syndicats. "Darmanin, Macron volent nos libertés/retrait de la loi de sécurité globale", "IGP-Haine", "Tous ensemble, en même temps", pouvait-on notamment lire sur les pancartes, au milieu des fumigène et au son des pétards.

Initialement prévue comme un rassemblement syndical contre la précarité, traditionnellement organisé par la CGT le premier samedi de décembre, la journée a vu s'agréger la contestation contre les violences policières et la proposition de loi sécurité globale.

Le texte est accusé par ses détracteurs de porter atteinte "à la liberté de la presse, à la liberté d'expression et à la liberté de manifester", et aussi d'instaurer "des outils de surveillance de masse". La défiance à son encontre a été renforcée par le passage à tabac filmé du producteur de musique Michel Zecler par des policiers, le 21 novembre.

- Une concession -

"Aujourd'hui on s'associe aux salariés et chômeurs parce qu'alors que la crise sanitaire a des conséquences économiques sans précédent, on se demande pourquoi légiférer dans le dos des citoyens alors que l'urgence est ailleurs", a déclaré dans la manifestation parisienne Emmanuel Poupard, secrétaire général du SNJ.

De nombreuses organisations de journalistes ont rejoint, avec des associations et des syndicats, les rangs de la "coordination #StopLoiSécuritéGlobale" déjà à l'origine samedi dernier de "marches" qui avaient fortement mobilisé dans le pays: entre 133.000 personnes selon le ministère de l'Intérieur et 500.000 selon les organisateurs.

Le gouvernement n'a à ce jour annoncé qu'une concession: la réécriture de l'article 24, le plus polémique, encadrant l'image des policiers. La coordination réclame son retrait pur et simple, avec les articles 21 et 22 du texte, et conteste le "nouveau schéma national du maintien de l'ordre (SNMO)" qui limite la couverture médiatique des manifestations.

Accusé de multiplier les mesures "liberticides", Emmanuel Macron s'est adressé directement aux jeunes, très présents dans les manifestations, dans un entretien au média en ligne Brut vendredi. "Je ne peux pas laisser dire qu'on réduit les libertés en France", a affirmé le président de la République. "C'est un grand mensonge. On n'est pas la Hongrie ou la Turquie."

Le chef de l'Etat a prôné l'apaisement, en dénonçant à la fois les violences de certains policiers et celles commises contre les forces de l'ordre, notamment lors des manifestations de samedi dernier.

"Je n'ai pas de problème à répéter le terme de violences policières mais je le déconstruis", car "c'est devenu un slogan pour des gens qui ont un projet politique", notamment "l'extrême gauche" selon lui.

M. Macron a également expliqué vouloir regarder en face la question des contrôles au faciès. Il a promis le lancement en janvier d'une plate-forme nationale de signalement des discriminations, gérée par l'Etat, le Défenseur des droits et des associations. Les caméras-piétons pour les policiers seront parallèlement généralisées.

Des propos qui ont fait bondir les principaux syndicats de gardiens de la paix (Alliance, Unité SGP et Unsa-Police). Ils ont appelé samedi à cesser les contrôles d'identité.

- Crainte de débordements -

Des rassemblements ont également eu lieu à Toulouse --200 personnes contre la précarité puis un millier selon la préfecture contre la loi sécurité globale--, à Montpellier (environ 70 personnes) et à Rennes, où ils étaient environ un millier selon la CGT, dont Francis, enseignant, venu "pour la liberté et pour que les policiers respectent la loi".

A Strasbourg, les manifestants étaient environ un millier, dont Benoit, cheminot alsacien de 38 ans, dont la pancarte proclamait: "On veut des gardiens de la paix formés, pas des cowboys frustrés".

Certaines villes craignent de nouveaux débordements violents samedi. A Bordeaux et Montpellier, les préfets ont interdit tout cortège dans l'hypercentre. A Lyon, la manifestation n'est autorisée que sur la rive gauche du Rhône.

"Il n'y a pas opposition entre les libertés publiques et individuelles et le fait de se battre contre la précarité et le chômage, surtout dans la période", a estimé le secrétaire général de la CGT Philippe Martinez dans le défilé parisien.

"Si on n'a pas de liberté pour manifester, si la presse est muselée, comment allons nous défendre nos droits?", a abondé Murielle Guilbert, co-déléguée générale de Solidaires.

Pour Aurélie Trouvé, d'Attac, "jamais on a vu un arc de forces aussi large en faveur des libertés publiques".

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