Méthodique et inflexible, elle a inspiré la série télévisée Borgen : la Danoise Margrethe Vestager, qui a déclenché l'offensive mercredi contre Google, s'est imposée comme un des poids lourds de la nouvelle Commission européenne où elle gère quelques-uns des dossiers les plus sensibles.

Les Américains vont découvrir jeudi cette forte personnalité. A peine bouclée la conférence de presse au cours de laquelle elle a exposé les griefs retenus contre Google et avoir mis ce géant américain de l'internet en demeure de se soumettre sous peine d'une énorme amende, elle est partie pour Washington où elle doit donner une conférence et rencontrer le gratin des juristes américains.

Margrethe Vestager sait qu'elle va être au centre de l'attention pour avoir osé s'attaquer frontalement à Google, ce que son prédécesseur Joaquin Almunia avait évité de faire. Elle a déjà rodé son argumentaire.

"Une entreprise sur quatre parmi les plaignants est américaine", a-t-elle souligné. Les griefs portent sur l'avantage donné par Google dans ses pages de résultats à son propre service de comparaison des prix. "Nous voulons que soient créées les conditions qui permettent de donner des réponses dans l?intérêt des consommateurs et non plus ce que veut Google", a-t-elle expliqué.

Caractère bien trempé, Margrethe Vestager a répondu sans ambages être déterminée à aller jusqu'au bout et à infliger une lourde amende au groupe si l'infraction est prouvée. Elle pourrait représenter 10% du chiffre d'affaires du groupe, soit six milliards de dollars.

"Nous traitons le dossier de manière juste et impartiale, sur la base d?éléments probants", a affirmé l'ancienne ministre danoise des Finances, qui a fêté ses 47 ans lundi.

- Sans esbroufe -

En une heure, le temps mis pour répondre à 14 questions, le groupe américain a su à quoi s'en tenir. Ton posé, sérieux, pédagogique, sans jamais éluder, Margrethe Vestager a confirmé les qualités qui ont conduit le président de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker, à lui confier le portefeuille stratégique de la Concurrence.

Montée en première ligne lorsqu'avait éclaté en novembre dernier le scandale Luxleaks, qui éclaboussait l'ancien Premier ministre du Luxembourg Jean-Claude Juncker, Mme Vestager avait immédiatement annoncé l'accélération des enquêtes ouvertes sur les pratiques d'évasion fiscale dans plusieurs Etats membres, dont le Grand-Duché pour Amazon et Fiat.

Mariée, mère de trois filles, l'ancienne présidente du parti social-libéral danois est aujourd'hui l'un des quatre poids lourds de l'exécutif bruxellois. Les trois autres sont aussi des femmes : l'Italienne Federica Mogherini, vice-présidente et chef de la diplomatie européenne, la Suédoise Cecilia Malmström, responsable du Commerce chargée des négociations avec les Etats-Unis, et la Bulgare Kristalina Georgieva, commissaire au Budget.

Toutes quatre gèrent sans partage leurs portefeuilles, contrairement à certains commissaires contraints de composer avec des vice-présidents, ce qui génère conflits et ressentiments, ont confié à l'AFP plusieurs sources internes à la Commission.

Fille de pasteurs luthériens, Margrethe Vestager ne fait pas d'esbroufe. Elle a imposé à Bruxelles un style et un personnage : celui d'une femme sportive et élégante, discrète mais souriante. Ceux qui disent la connaître mettent en garde : dotée d'une volonté de fer, elle est une négociatrice redoutable et ne cède jamais.

Elle peut également être déconcertante. Pendant son audition au Parlement européen, une épreuve redoutée par nombre de candidats, elle a entrepris de saluer un par un chacun des élus puis, une fois installée face à un mur de photographes, elle a tranquillement sorti de son sac un téléphone portable et a immortalisé la scène, aussitôt postée sur son compte twitter. Un geste simple qui a beaucoup contribué à son image.