L'historien et défenseur des droits humains franco-marocain Maâti Monjib, en grève de la faim depuis 19 jours, est sorti de prison mardi après trois mois de détention, le juge d'instruction ayant décidé de le remettre en liberté provisoire.

"Les accusations contre moi sont fabriquées par la police politique (...) maintenant que je jouis de la liberté provisoire, je vais militer pour la libération des autres détenus" d'opinion, a déclaré, combattif, M. Monjib à sa sortie de prison.

Visiblement amaigri mais heureux, l'intellectuel de 60 ans a été accueilli par ses amis et soutiens quand il a quitté en marchant la prison d'El Arjat près de Rabat, où il avait été incarcéré après son arrestation fin décembre, a constaté l'AFP.

Ce militant, connu pour ses critiques ouvertes du pouvoir, dénonçait son arrestation "abusive" depuis son interpellation dans le cadre d'une enquête préliminaire pour "blanchiment de capitaux".

Parallèlement, il a ensuite été condamné à un an de prison le 27 janvier pour "fraude" et "atteinte à la sécurité de l'Etat" au terme d'un procès ouvert en 2015 et plusieurs fois reporté. Ses avocats et son comité de soutien s'étaient indignés de ce jugement, rendu en l'absence de l'accusé et sans convocation de sa défense.

Face aux critiques, les autorités marocaines mettent toujours en avant l'indépendance de la justice et la conformité des procédures.

"Le juge d'instruction a décidé de le remettre en liberté provisoire", avait annoncé plus tôt dans la journée l'avocat du militant, Me Mohamed Messaoudi, précisant que la santé de son client était "bonne même s'il a perdu 12 kilos".

- "Délit d'opinion" -

Le secrétaire général de l'ONG Reporters sans frontières, Christophe Deloire, a salué cette libération en appelant "à l'abandon de toutes les poursuites iniques lancées contre des journalistes au Maroc".

"Maâti Monjib est enfin libre! Son courage et la mobilisation internationale ont payé. Victoire! (Mais restons vigilants, car ce n'est pas fini)", a de son côté tweeté Human Rights Watch.

"Nous continuons à revendiquer l'abandon du traitement répressif inique policier contre lui et contre l'ensemble des personnes poursuivies pour délit d'opinion dans le pays", a déclaré à l'AFP le militant marocain Fouad Abdelmoumni, devant la prison d'El Arjat.

Il y a près de deux semaines, M. Monjib avait fait déposer une plainte à Paris pour "harcèlement moral", "mise en danger de la vie d'autrui" et "atteinte à la liberté individuelle par des personnes exerçant une fonction publique" - ce dernier point correspondant en droit pénal français à la détention arbitraire.

L'historien "est l'une des voix critiques les plus emblématiques du régime marocain, dénonçant notamment la mainmise des services de sécurité (...), qui s'apparente à une vraie police politique", avaient alors souligné ses avocats français.

Ses soutiens en France et au Maroc ont plusieurs fois demandé "la libération immédiate" du "prisonnier d'opinion", s'inquiétant des "effets, sur sa santé et sur sa vie, de (sa) grève de la faim".

Maâti Monjib souffre de troubles cardiaques et de diabète, problèmes médicaux qu'il avait évoqués sur sa page Facebook en annonçant qu'il avait été contaminé par le coronavirus.

- Moral "bon" -

"Son moral est bon", a indiqué mardi son avocat, en souhaitant que son client "bénéficie de toutes les garanties d'un procès équitable".

M. Monjib a toujours nié les faits qui lui sont reprochés, à savoir des malversations dans la gestion d'un centre qu'il avait créé notamment pour promouvoir le journalisme d'investigation.

Il a affirmé mardi que son arrestation était liée à un article récent sur "l'état parallèle" qui "cible" les militants au Maroc.

Il a été jugé et condamné en même temps que six journalistes et militants qui ont écopé de peines allant jusqu'à un an de prison ferme. Trois d'entre eux ont quitté le Maroc avant d'obtenir l'asile politique en France et aux Pays-Bas.

L'intellectuel avait entamé sa grève de sa faim le 4 mars dernier en demandant "sa remise de liberté immédiate".

La semaine dernière, son épouse Christiane Darde avait interpellé le président français Emmanuel Macron sur son compte Twitter: "Sa santé est en jeu. SVP, intervenez vite pour sa libération!", avait-t-elle écrit.