Star montante du trumpisme, jeune élu bouillonnant du Congrès américain, le républicain Matt Gaetz se retrouve au coeur d'une étrange affaire.

Soupçonné d'avoir eu une relation sexuelle avec une mineure, il récuse ces "fausses accusations" en se disant victime de l'establishment, et cible d'un chantage impliquant un Américain disparu en Iran.

Arrivé à la Chambre des représentants il y a à peine quatre ans, ce grand allié de Donald Trump à la mèche toujours impeccablement coiffée et au sourire étincelant, s'est déjà forgé un nom à Washington.

L'affaire qui le frappe depuis une semaine a connu un nouveau rebondissement mercredi, lorsque le New York Times a affirmé que Matt Gaetz avait réclamé au magnat de l'immobilier de lui octroyer une grâce judiciaire préventive pour lui-même et d'autres parlementaires pendant ses dernières semaines à la Maison Blanche.

Le ministère américain de la Justice enquêtait déjà, à cette époque, sur des soupçons d'"exploitation sexuelle de mineure" pesant sur le parlementaire de 38 ans, selon plusieurs grands médias américains.

La police fédérale se pencherait sur la nature de ses relations avec une adolescente de 17 ans, et tenterait d'éclaircir s'il l'a payée pour obtenir des faveurs sexuelles. La loi en Floride fixe la majorité sexuelle à 18 ans.

Ce nouveau développement a poussé Donald Trump à réagir, après plusieurs jours d'un silence assourdissant.

"Le parlementaire Matt Gaetz ne m'a jamais demandé de grâce", a-t-il écrit dans un très bref communiqué.

"Il faut aussi se souvenir qu'il a complètement rejeté les accusations qui pèsent sur lui", a-t-il ajouté, sans préciser s'il croyait l'élu de Floride.

- "Pas un moine" -

C'est en reprenant l'une des expressions favorites du milliardaire républicain, qui disait vouloir "curer le marigot" ("Drain the Swamp"), que Matt Gaetz a clamé cette semaine son innocence.

"Le +marigot+ cherche à me faire couler avec de fausses accusations, mais je ne lâcherai pas", écrivait-il en titre de sa tribune, publiée lundi par le journal conservateur Washington Examiner.

Je ne suis "pas un moine, et certainement pas un criminel", poursuivait-il, en soulignant qu'aucune accusatrice ne s'était exprimée publiquement.

Lui qui se voit comme l'un des "guerriers" de Donald Trump l'avait vigoureusement défendu après l'assaut meurtrier du Capitole, mené le 6 janvier par des partisans du milliardaire.

Puis il avait pris le devant de la scène dans une croisade contre les rares parlementaires républicains ayant voté en faveur de la mise en accusation, puis de la condamnation, de Donald Trump, qui a finalement été acquitté.

Avec en première cible l'élue du Wyoming Liz Cheney, numéro trois des républicains à la Chambre et fille de l'ancien puissant vice-président Dick Cheney.

Il était même allé la défier, fin janvier, sur ses terres, pour appeler les électeurs républicains à choisir un autre représentant.

"Les gens ne seront pas surpris de que ces accusations bizarres me visent peu après que j'ai décidé de défier les plus puissantes institutions" de Washington, dont la "dynastie des Cheney", écrivait-il dans sa tribune.

- Pas "de menace" -

Dès la parution des premiers articles sur l'enquête le visant, la semaine dernière, Matt Gaetz a affirmé que sa famille avait été la victime d'une tentative d'extorsion, et que ces "fausses accusations" avaient été révélées dans le seul but de le faire chanter.

L'affaire a pris une tournure encore plus confuse lundi, lorsqu'un ancien membre de l'armée américaine, Bob Kent, a admis avoir contacté le père de l'élu pour lui demander 25 millions de dollars.

Il s'agissait, a-t-il expliqué à CNN et la radio SiriusXM, de fonds destinés à retrouver un ex-agent du FBI, Robert Levinson, porté disparu depuis une mission privée en Iran en 2007.

"Il ne s'agit pas d'une tentative d'extorsion", affirme-t-il avoir dit à Don Gaetz, ex-parlementaire en Floride et riche homme d'affaires.

En finançant les missions de recherche, la famille Gaetz s'attirerait une "bonne presse" bienvenue pour le fils visé par de graves soupçons, a expliqué Bob Kent.

Si les dirigeants républicains du Congrès sont restés jusqu'ici discrets sur toute l'affaire, Matt Gaetz a été invité à parler vendredi au club de golf de Donald Trump de Doral, à Miami, lors d'un colloque organisé par... un groupe de femmes pro-Trump, "Women for America First".