Il avait coché cette course dans un coin de sa tête et il a été exact au rendez-vous: le Français Emilien Jacquelin a effectué une véritable démonstration dimanche à Pokljuka pour conserver son titre mondial de la poursuite, rejoignant dans les annales son idole Martin Fourcade.

Le natif de Grenoble avait annoncé la couleur avant le début de la compétition: ce sont les épreuves à confrontation directe qui le motivent et lui ont donné le goût de faire du biathlon.

"J'ai l'impression de retomber dans l'enfance, je joue avec les autres adversaires", avait notamment expliqué ce passionné de cyclisme.

Il fallait croire le Français sur parole tant il a survolé les débats dimanche, ne laissant aucune chance à une concurrence rapidement résignée. Avant lui, le grand Martin Fourcade était le seul Français à avoir réussi un doublé sur la poursuite aux Championnats du monde. Ce qui situe la portée de l'exploit de Jacquelin, qui s'adjuge ainsi à 25 ans une 2e médaille en Slovénie après le bronze glané lors du sprint vendredi et le 6e de sa carrière aux Mondiaux.

Décidément, le biathlète isérois est l'homme des grands rendez-vous puisque ses deux seuls succès sur le circuit ont été acquis à chaque fois en poursuite aux Championnats du monde. A croire que seules l'adrénaline et la pression de ces courses d'un jour le motivent et le font avancer.

- "Il fallait oser" -

Contrairement à l'an dernier à Anterselva où sa victoire s'était dessinée au sprint face à Johannes Boe, le Français a cette fois écoeuré rapidement tous ses rivaux grâce à une qualité de tir exceptionnelle (20/20).

Parti avec 13 secondes de retard, il a basculé en tête dès le premier tir couché en compagnie de Boe avant de très vite se débarrasser du leader de la Coupe du monde dès son 2e passage derrière la carabine. Il a ensuite creusé un écart irrémédiable au prix de tirs debout supersoniques pour devancer le Suédois Sebastian Samuellson et Johannes Boe, offrant aux Bleus un premier titre et un 4e podium en Slovénie.

"Pour moi le 14 février depuis 2004, ce n'est pas la St Valentin mais c'est la mort de Marco Pantani, a-t-il réagi, en bon amateur de vélo. Comme par hasard, Pantani c'était le panache et il fallait oser. Je suis quelqu'un qui marche aux sentiments et comme tout sentimental, on peut avoir une grosse dépression ou une grosse envolée et aujourd'hui, c'était une grosse envolée."

"L'an dernier, c'était magnifique, sur un site que j'apprécie. Je vais en garder beaucoup plus de souvenirs mais cette année, la victoire est d'autant plus belle que je l'ai méritée", a-t-il ajouté.

Pour l'entraîneur des Bleus Vincent Vittoz, qui en perdu sa voix à force d'encourager son poulain sur le bord de la piste, ce succès constitue surtout "un aboutissement sportif" pour Jacquelin.

- "Seul au monde" -

"On voit qu'Emilien a grandi, a-t-il affirmé. C'est la première fois qu'il arrive sur un pas de tir tout seul, il s'attendait à avoir de la confrontation et il n'y en avait pas. Il a maîtrisé son sujet sur la course qu'il avait choisie. J'apprécie pleinement cette performance."

"Il s'est un peu perdu l'été dernier et le début de l'hiver, il ne savait pas trop où il voulait aller et quels étaient ses objectifs, a poursuivi le technicien. Il fallait digérer son titre, sa nouvelle notoriété et le retrait de Martin Fourcade, qui prenait cette part de notoriété et permettait aux autres d'être un peu plus relâchés."

Cette première médaille française dans ces Mondiaux a aussi logiquement fait la joie de tout le groupe France.

"Il a été incroyable, il a fait son meilleur biathlon et ça paye largement, s'est félicité Simon Desthieux (5e). Je l'ai senti conquérant."

Fabien Claude a lui cru déceler du "grand Martin Fourcade" chez son coéquipier. "Il était seul au monde", a-t-il également noté. Un bon résumé du festival de Jacquelin, en état de grâce à Pokljuka.

kn/ebe