Figure respectée de l'Agence France-Presse (AFP), Michèle Léridon, qui a engagé l'agence dans la lutte contre la désinformation et s'est battue pour une meilleure représentation des femmes dans les médias, est décédée brutalement lundi, a annoncé le CSA, qu'elle avait intégré il y a deux ans.

"Femme de convictions, Michèle Léridon était une grande journaliste unanimement reconnue", notamment pour "sa riche expérience et sa grande rigueur intellectuelle", a souligné dans un communiqué le Conseil supérieur de l'audiovisuel, régulateur de la télévision et de la radio françaises, rappelant "son engagement en faveur de la liberté d'expression et de la liberté de l'information" qui aura guidé son parcours.

"Michèle m'a énormément appris à mon arrivée à l'AFP, alors qu'elle y était directrice de l’information. Elle incarnait pour moi les valeurs humaines que j'aime à l'Agence : empathie, curiosité pour tout, rectitude, pondération de jugement et sens de l'humour", a réagi le PDG de l'agence de presse, Fabrice Fries, saluant "une personne formidable, amoureuse de la vie".

"Nous sommes tous choqués et anéantis par la disparition soudaine de Michèle", a témoigné Phil Chetwynd, qui lui a succédé à la direction de l'information, évoquant "non seulement une journaliste remarquable, mais aussi une cheffe courageuse de la rédaction de l’AFP, très admirée pour son honnêteté et son intégrité".

L'ancien PDG de l'AFP Emmanuel Hoog, qui l'avait nommée directrice de l'information en 2014, a salué "son élégance intellectuelle" et "son sens de l'intérêt général". "Elle a porté haut le flambeau de l'AFP et du métier d'agencier", a-t-il confié, rappelant notamment ses engagements en faveur de la déontologie et son "amour" du journalisme.

Diplômée en sciences économiques et du Centre de formation des journalistes (CFJ), Michèle Léridon avait débuté sa carrière de journaliste dans la presse écrite, avant de rejoindre l'AFP en 1981, où elle a notamment travaillé à la rubrique médias, puis accompli des missions en Afrique de l'ouest.

- Combats féministes -

Elle avait fondé ensuite la rubrique Villes-Banlieues, avant d'être nommée directrice adjointe du bureau d'Abidjan. A ce titre, elle a couvert notamment les conflits au Liberia et en Sierra Léone (1996-1999).

Toujours posée, le regard franc sous ses cheveux bruns, elle avait enchaîné ensuite les postes à responsabilité, devenant successivement adjointe du rédacteur en chef Europe Afrique, cheffe du service des informations sociales, puis directrice de la rédaction, et directrice du bureau de Rome.

A l'été 2014, elle est nommée directrice de l'information, accédant ainsi au plus haut poste rédactionnel de l'agence. Première femme occupant ces fonctions, Michèle Léridon a notamment contribué à développer les activités de l'AFP dans la vidéo et a agi en toutes circonstances pour réaffirmer la dimension essentielle de la déontologie dans le travail des équipes, notamment à travers la mise en place d'une charte éthique.

C'est sous son égide que l'AFP devient la première grande agence de presse à s'engager résolument dans la traque aux "fake news", un tournant majeur dans l'histoire de l'agence fondée en 1944.

Elle a également été pionnière dans plusieurs combats féministes. A l'intérieur de l'agence, "elle a été le porte-étendard d'une génération de femmes qui se sont battues pour casser le plafond de verre dans les postes de responsabilité", à une époque où les plus hautes fonctions étaient occupées systématiquement par des hommes, rappelle Emmanuel Hoog. Elle a en outre impulsé des mesures en faveur d'une meilleure représentation des femmes dans les informations diffusées par l'AFP, en poussant la rédaction à lutter contre les clichés sexistes.

Elle a été en outre administratrice de Reporters sans frontières (RSF) pendant plusieurs années.

Début 2019, elle avait rejoint le CSA, nommée sur proposition du président de l'Assemblée nationale Richard Ferrand. Chargée notamment "de la déontologie des programmes et du pluralisme politique, elle avait assuré le suivi de plusieurs scrutins", mais aussi joué "un rôle majeur dans l'élargissement des missions du Conseil à l'égard des plateformes" et des réseaux sociaux, en particulier en matière de lutte contre les infox, "contribuant ainsi à la transformation d'une institution qu'elle aura marquée de son empreinte", a résumé le CSA.