Vers une abstention record, dans un contexte inédit : les Français ont massivement renoncé dimanche à se rendre aux urnes pour les municipales dans un pays mis à l'arrêt par la pandémie de coronavirus.

Quelque 47,7 millions d'électeurs sont appelés à élire leur maire, quelques heures après que le gouvernement a décrété la fermeture de tous les "lieux recevant du public non indispensables à la vie du pays".

Les électeurs ont jusqu'à 20H00 pour s'y rendre dans les plus grandes villes. Mais la participation (38,77%), en baisse de 16 points à 17H00, par rapport à 2014, laisse présager un scrutin historique en termes d'abstention.

Les records sont particulièrement spectaculaires dans le Vaucluse (-37,27 points) et les Alpes Maritimes (-33,27).

L'Oise, l'un des premiers foyers de contamination du territoire, a vu la participation perdre près de dix points (41,25% contre 59,21% il y a six ans) et le Bas-Rhin, autre foyer de l'épidémie, chute de 20 points.

Le Nord enregistre 21,5 points de moins de participation et les Bouches-du-Rhône plus de 24 points de moins qu'en 2014.

"Nous sommes en route pour perdre quasiment 20 points de participation par rapport à 2014. On devrait terminer vers 45/46% de participation", a estimé le directeur d'OpinionWay, Bruno Jeanbart.

Même ordre de grandeur chez les autres instituts de sondage qui tablent sur un taux d'abstention de 54,5% à 56%.

Ces chiffres historiques pour les municipales relancent inévitablement les questions sur le choix de maintenir ce premier tour, voire le second. Mais aussi sur la "sincérité" du scrutin si moins d'un Français sur deux aura voté pour leur prochain maire.

- Incertitudes sur le 2e tour -

Une forte interrogation pèse aussi sur la possibilité de tenir le second tour, dimanche prochain, dans un pays où l'épidémie (91 morts samedi soir) n'en est qu'à ses débuts, selon tous les spécialistes. Le ministre de l'Education Jean-Michel Blanquer a estimé dimanche que le virus toucherait "probablement" plus de la moitié de la population française.

Selon le constitutionnaliste Didier Maus, interrogé par l'AFP, un report du second tour conduirait à annuler le résultat du premier tour, et obligerait les électeurs à revoter pour les deux tours.

Face à une situation qui ne s'est encore jamais présentée, l'incertitude des experts demeure pour le cas des nombreuses communes, notamment les plus petites, qui auront élu leur conseil municipal dès le premier tour ce dimanche.

Face à la crise sanitaire, le gouvernement a préconisé de voter de préférence avec un bulletin reçu par courrier, d'émarger avec son propre stylo - bleu ou noir -, et de privilégier les horaires de moindre affluence, entre 9H00 et 11H00 et de 13H00 à 16H00.

Le ministère de l'Intérieur a indiqué que tous les bureaux de vote du territoire avaient pu ouvrir, au prix d'un respect scrupuleux des consignes de distanciation et de priorisation des personnes âgées et fragiles, et en dépit de difficultés dans nombre d'endroits.

A Talence, dans l'agglomération bordelaise, "on cherche des gens pour le dépouillement ce soir", explique une assesseure : "On demande, beaucoup de gens refusent. Plusieurs nous disent qu'ils travaillent, qu'ils ne peuvent pas. Mais enfin on en a déjà neuf, il ne nous en manque que trois pour les tables dans ce bureau. On les aura d'ici ce soir. C'est pas la cata, non plus".

Dans un bureau du 7e arrondissement de Lyon, on note quelques coups de canif dans les règles habituelles : la plupart des électeurs ne prennent qu'un bulletin. Une dame âgée n'est même pas passée dans l'isoloir, sans recevoir aucun rappel aux convenances républicaines.

- Macron : "Important de voter" -

De toutes façons, "il y a plus risqué que d'aller voter", témoigne Jeanne, une électrice de 70 ans croisée dans un bureau de Dijon : "Aller faire les courses, aller prendre sa baguette sans savoir qui l'a touchée. Et au moins, ici, on a pu prendre du gel hydroalcoolique. Nous, on n'en a plus".

Alors que des élus, dont six présidents de région, avaient plaidé samedi soir pour un report du 1er tour, le président Emmanuel Macron a souligné dimanche qu'il était "important de voter dans ces moments-là", après avoir voté avec son épouse Brigitte au Touquet.

Le contexte inédit de l'épidémie, après une campagne électorale achevée dans l'indifférence, occulte les enjeux politiques de ce scrutin : Les Républicains et le PS parviendront-ils à se refaire sur le terrain municipal, après avoir vu leurs positions nationales s'effondrer depuis 2017 ? Le RN confirmera-t-il sa percée en gagnant de nouvelles mairies dans le Sud et les Hauts-de-France ? Les écologistes d'EELV pourront-ils maintenir leur élan des Européennes ? LREM, en position difficile, réussira-t-il un début d'implantation locale ? Le Premier ministre Edouard Philippe, tête de liste au Havre, sortira-t-il victorieux et conforté, ou bien perdant et contraint de quitter Matignon ?

La barre relativement basse (10% des suffrages exprimés au 1er tour), au-dessus de laquelle une liste peut se maintenir, devrait se traduire par une multiplication des triangulaires, voire des quadrangulaires, au second tour.

A l'issue du vote dimanche, les candidats autorisés à se maintenir auront jusqu'à mardi 18H00 pour trouver des alliés ou fusionner leurs listes en vue du second tour. S'il a lieu.