Les Français sont appelés aux urnes dimanche pour le premier tour des élections municipales dans quelque 35.000 communes, dans un contexte bouleversé par la pandémie du coronavirus.

D'heure en heure, la crise sanitaire écrase un peu davantage un scrutin aux enjeux pourtant multiples. Il a été maintenu in extremis, malgré l'inquiétude croissante de la population et le risque d'une abstention massive, au bout d'une campagne qui s'est éteinte dans l'indifférence vendredi soir.

Le ministre de l'Intérieur Christophe Castaner, en déplacement samedi matin dans les Yvelines, a admis "craindre" une participation en baisse. Il a également reconnu que certaines communes avaient eu du mal à constituer leurs bureaux de vote.

"Le maire a un pouvoir d'injonction sur les conseillers municipaux", a rappelé au passage celui dont le ministère est chargé d'organiser le scrutin. "En cas de constat de carence, le maire peut se tourner vers le préfet qui peut contraindre un certain nombre de personnes à tenir les bureaux de vote."

A l'approche du vote, le Premier ministre Edouard Philippe a martelé sa "conviction" sur la bonne tenue des élections, y compris du second tour, le 22 mars, lorsque l'épidémie, qui a fait 79 morts en France selon un dernier bilan vendredi, aura encore progressé dans le pays.

D'après un sondage Elabe diffusé vendredi, 58% des Français estiment qu'Emmanuel Macron a eu raison jeudi de maintenir les élections. Mais ils sont désormais aussi 61% à se dire "inquiets" de la propagation du virus, soit 13 points de plus que lors d'une précédente enquête réalisée en début de semaine.

Dans les bureaux de vote, on se prépare à accueillir les électeurs dans les meilleures conditions possibles: poignées de porte, tables, isoloirs... tout doit être nettoyé avant le vote et des mesures sont prises pour éviter les files d'attente et faire respecter les distances de sécurité.

Le gouvernement diffuse de son côté des messages préconisant de voter de préférence avec un bulletin reçu par courrier, d'émarger avec son propre stylo - bleu ou noir -, et de privilégier les horaires de moindre affluence, entre 9h et 11h et de 13h à 16h.

- Record d'abstention ? -

Cela suffira-t-il à inciter à voter les près de 47,7 millions d'électeurs - dont 330.000 ressortissants d'autres pays de l'UE- ? Notamment les plus âgés que le chef de l'Etat a justement encouragés jeudi à rester chez eux ? L'urgence sanitaire fait redouter un nouveau record d'abstention, alors que le taux de participation aux municipales - 63,55% au premier tour en 2014 - diminue déjà depuis 30 ans.

Le Covid-19 a relégué les enjeux politiques du vote, avec des candidats macronistes en position difficile et l'occasion pour les partis traditionnels de gauche et de droite de redresser la tête, à deux ans de la présidentielle.

A Paris, l'ex-ministre de la Santé Agnès Buzyn (LREM) paraît à la traîne derrière la sortante Anne Hidalgo (PS) et sa rivale LR Rachida Dati, qui font la course en tête. A Marseille, le macroniste Yvon Berland stagne à moins de 10%. Résultat très attendu également au Havre, où Edouard Philippe, Premier ministre et candidat, a dû annuler son dernier meeting pour cause de crise sanitaire et joue son avenir à Matignon.

La droite a au contraire l'occasion de réparer sa déroute des européennes. Les Républicains pourraient conserver nombre de leurs villes prises à la gauche en 2014. LR part toutefois divisé à Marseille, où le Rassemblement national espère sortir en tête au premier tour.

- Résultats difficiles à lire -

A gauche, c'est le rapport de force entre les écologistes d'EELV et les socialistes qui se joue aux municipales. Les Verts espèrent profiter de la prise de conscience de l'urgence écologique et ambitionnent de s'imposer à Besançon, Tours, Rouen ou bien sûr Grenoble, quand le PS tentera surtout de conserver ses bastions de Paris, Lille, Rennes ou Nantes.

Le RN semble quant à lui en passe de conserver ses mairies conquises en 2014 et tentera de renforcer son implantation dans le Sud et les Hauts-de-France avant les régionales de 2021.

Les soirées électorales prévues dimanche se tiendront en petit comité afin de respecter l'interdiction de rassemblement de plus de cent personnes. A Strasbourg, l'écologiste Jeanne Barseghian a ainsi prévu de scinder sa soirée entre un restaurant et un bar se faisant face. La socialiste Catherine Trautmann, elle, a carrément annulé sa soirée électorale.

La barre relativement basse (10% des suffrages exprimés au premier tour) au-dessus de laquelle une liste peut se maintenir devrait se traduire par une multiplication des triangulaires, voire des quadrangulaires, au second tour.

Avec l'effacement du clivage droite/gauche et la multiplication des listes "sans étiquette", les résultats du scrutin s'annoncent particulièrement difficiles à décrypter et les discussions d'entre-deux-tours cruciales.

A l'issue du vote dimanche, les candidats autorisés à se maintenir auront jusqu'à mardi 18H00 pour trouver des alliés ou fusionner leurs listes en vue du second tour. Un rendez-vous dont la tenue dépendra encore de l'évolution sur le front du coronavirus.

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