Condamnée à cinq ans de prison pour sédition en Iran, la Britannico-Iranienne Nazanin Zaghari-Ratcliffe a été brutalement arrachée à sa paisible vie londonienne pour la dureté d'une prison de Téhéran et se désespère de retrouver ses proches, sa peine désormais purgée.

La vie de cette cheffe de projet de 41 ans employée par la fondation Thomson Reuters, bras philanthropique de l'agence de presse éponyme, bascule le 3 avril 2016, quand elle est arrêtée avec sa fille Gabriella, même pas deux ans, à l'aéroport de Téhéran. Elle venait de rendre visite à sa famille pour le nouvel an iranien.

Accusée d'avoir comploté pour renverser le régime islamique, ce qu'elle nie farouchement, séparée de sa fille dont le passeport britannique est confisqué, la binationale est condamnée en septembre de la même année à cinq ans d'emprisonnement.

- Douleur "sans mesure" -

C'est le début d'un long calvaire, marqué par de rudes séjours en isolement dans des cellules sans fenêtre, des grèves de la faim et des privations de soins médicaux. Elle dort plus d'un mois dans les mêmes vêtements et envisage même le suicide.

"Elle a toujours eu un sens aigu de loyauté et de justice" et elle est "profondément outrée par l'injustice" de cette situation, confie son mari Richard Ratcliffe à l'AFP.

"De nature, c'est quelqu'un de très propre", de sorte que "la prison a été quelque chose de très dur", ajoute ce comptable de profession.

Les visites de Gabriella, dont une photo trônait sur une table de chevet dans sa cellule de la prison d'Evin, à Téhéran, ont permis à cette femme autrefois "enjouée" de s'accrocher, malgré une plongée dans la dépression. Elle tente aussi de se distraire en lisant "beaucoup" et en cousant des vêtements pour ses codétenues et Gabriella - "une manière de rester une maman", selon son mari.

En octobre 2019, Nazanin Zaghari-Ratcliffe vit une nouvelle déchirure: Gabriella, qui vivait depuis son arrestation chez ses grands-parents maternels, retourne chez son père à Londres pour y être scolarisée. "Ma douleur est sans mesure", écrit-elle alors.

Un vide que Nazanin essaie de combler en appelant quotidiennement par vidéo la fillette d'aujourd'hui 6 ans, depuis son placement en résidence surveillée en mars 2020 en raison de la pandémie de nouveau coronavirus, dont elle pense avoir souffert sans toutefois avoir jamais été testée.

- "Otage" politique -

Après sa sortie de prison, Nazanin Zaghari-Ratcliffe déchante rapidement: contrairement à des milliers d'autres prisonniers, elle ne bénéficie pas d'une mesure de grâce. Pire, en septembre 2020, un nouvel acte d'accusation lui est notifié pour diffusion de propagande contre le régime. Prévu mi-septembre, le procès est reporté à la dernière minute.

C'est au jour de sa libération supposée que la binationale, arrivée au bout de sa peine, se voit convoquée de nouveau dimanche prochain par la justice iranienne.

Pour Richard Ratcliffe, elle est clairement l'"otage" d'un sinistre jeu politique portant sur une vieille dette de 400 millions de livres (464 millions d'euros) due par le Royaume-Uni dans le cadre d'un contrat d'armement.

Inlassablement, il poursuit son combat pour la libération de sa femme, qu'il a rencontrée en 2007 à Londres où elle était venue poursuivre des études. Le courant passe immédiatement et ils se marient deux ans plus tard.

La Britannico-Iranienne a auparavant étudié la littérature anglaise à l'université de Téhéran et travaillé en Iran pour des ONG, dont la Croix-Rouge, et l'Organisation mondiale de la santé (OMS). Dans son pays d'adoption, elle continue d'évoluer dans le secteur caritatif, collaborant avec BBC Media Action, association liée au groupe audiovisuel BBC, avant de rejoindre son employeur actuel.

En mars 2019, Londres finit par lui accorder sa protection diplomatique. Non sans avoir auparavant commis une bourde préjudiciable: alors chef de la diplomatie, le dirigeant conservateur Boris Johnson affirme fin 2017 que Nazanin Zaghari-Ratcliffe formait des journalistes en Iran - ce qu'elle nie -, fournissant des arguments à Téhéran.

Dans une lettre à son mari publiée un an après son arrestation, elle exprime sa déception à l'encontre de son pays natal, dont elle était si "fière" mais qui les a privés de "la possibilité de connaître les années d'or" de leur fille.

Il leur a aussi volé leur avenir, se désolent-ils, des examens effectués à l'été 2020 révélant qu'elle ne pourrait probablement plus avoir d'enfant, un véritable déchirement.