Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu doit demander mercredi soir au secrétaire d'Etat américain Mike Pompeo, lors d'un entretien à Lisbonne, "d'accroître la pression" sur le pouvoir "vacillant" à Téhéran, dans un contexte de manifestations au Moyen-Orient plaçant parfois l'Iran sur la défensive.

Les deux hommes doivent se rencontrer en soirée dans la capitale portugaise, après des changements express de planning: M. Pompeo, attendu au Maroc jeudi, a modifié son programme pour rencontrer M. Netanyahu, qui a dit se rendre en Europe "principalement" pour rencontrer le secrétaire d'Etat américain.

Lors de ce tête-à-tête, M. Netanyahu, qui joue actuellement sa survie politique alors qu'il a été inculpé récemment de "malversation", "abus de confiance" et "corruption" par la justice israélienne, tapera sur l'un de ses clous préférés: l'Iran.

"Dimanche, j'ai parlé avec le président (américain, Donald) Trump. La conversation a porté principalement sur l'Iran", a déclaré le Premier ministre israélien, avant son départ pour le Portugal, où il doit aussi s'entretenir, comme M. Pompeo, avec son homologue portugais Antonio Costa.

"Le président Trump a mis énormément de pression et imposé des sanctions sur l'Iran. Nous voyons l'empire iranien vaciller. Nous voyons des manifestations à Téhéran, à Bagdad et à Beyrouth. Il est important d'accroître cette pression", a poursuivi M. Netanyahu, affirmant vouloir prolonger sa discussion téléphonique avec M. Trump, de visu avec M. Pompeo.

Israël accuse depuis de nombreuses années l'Iran de chercher à se doter de l'arme nucléaire, malgré les démentis répétés de Téhéran. L'Etat hébreu accuse aussi l'Iran de lancer des opérations contre son territoire depuis la Syrie, le Liban et la bande de Gaza.

Au cours des derniers mois, l'Etat hébreu a accusé l'Iran et son allié libanais Hezbollah de vouloir convertir des roquettes au Liban en missile de précision pouvant déjouer le système de défense antiaérien israélien et ainsi causé des dommages importants.

Mi-novembre, l'armée israélienne a revendiqué à une série de frappes aériennes de "grande ampleur" contre des sites du régime syrien et des forces iraniennes Al-Qods en Syrie, pays allié de l'Iran.

- Ils "devraient avoir honte" -

Washington s'est retiré unilatéralement en 2018 de l'accord international encadrant le programme nucléaire de l'Iran et a rétabli de lourdes sanctions asphyxiant son économie.

Du point de vue israélien, ces sanctions ont affecté l'économie iranienne, ce qui a poussé Téhéran à augmenter le prix de l'essence, suscitant une vague de manifestations dans le pays. A cela s'ajoute des manifestations en Irak et au Liban, deux pays où l'Iran exerce une grande influence --dans le second, l'influence iranienne est explicitement mise en cause.

Dans ce scénario, Israël tente de convaincre les grandes puissances de suivre le modèle américain de fortes sanctions contre la République islamique.

Il fustige la décision de pays européens, incluant la France, de soutenir l'Instex, un mécanisme de troc créé par les Européens pour contourner les sanctions américaines imposées à l'Iran en évitant d'utiliser le dollar.

"Pendant que le Moyen-Orient se tient debout avec bravoure contre l'Iran et ses hommes de main, il se passe quelque chose d'absurde: des pays en Europe tentent de contourner les sanctions américaines", a déclaré dimanche Benjamin Netanyahu, estimant que les pays européens pro-Instex "devraient avoir honte d'eux-mêmes".

- Colonies et vallée du Jourdain -

La rencontre entre MM. Netanyahu et Pompeo sera par ailleurs la première depuis que les Etats-Unis ont modifié, il y a deux semaines, leur politique sur les colonies israéliennes dans les Territoires palestiniens occupés.

Washington estime désormais que ces colonies ne sont pas contraires au droit international, allant à l'encontre de résolutions de l'ONU.

De son côté, M. Netanyahu s'est engagé, s'il est maintenu au pouvoir, à annexer la vallée du Jourdain, bande de terre stratégique située en Cisjordanie occupée, et souhaite également un accord de défense avec les Etats-Unis, deux sujets qu'il dit vouloir aborder mercredi soir avec le secrétaire d'Etat américain.

La rencontre Netanyahu-Pompeo intervient enfin alors que les Etats-Unis doivent dévoiler leur projet de paix pour le Moyen-Orient. Ce projet devait être connu après les élections israéliennes de septembre, mais celles-ci n'ont pas donné de vainqueur clair et l'Etat hébreu pourrait devoir tenir un nouveau scrutin, le troisième en un an, début 2020.