Les autorités de New York, épicentre américain de l'épidémie de coronavirus ont appelé lundi Donald Trump à déclarer un confinement coercitif national tandis que celui-ci assurait à contrepied un retour aux affaires "très bientôt".

La première métropole américaine, capitale économique du pays avec 8,6 millions d'habitants, comptait lundi matin plus de 12.000 cas, soit près du tiers des cas américains, et près de 100 décès. Au total, 560 personnes sont mortes aux Etats-Unis.

Face à cette situation de plus en plus dramatique, l'anxiété montait chez les habitants de cette ville, habituellement symbole d'hyper-activité et de décibels.

Les rues étaient exceptionnellement calmes après l'entrée en vigueur dimanche de nouvelles règles limitant l'activité aux entreprises jugées essentielles --supermarchés, pharmacies, fournisseurs d'internet-- et obligeant les gens à rester chez eux le plus possible, même si les contrevenants ne s'exposent pour l'instant à aucune sanction.

"Il faut que ces mesures de confinement qu'ont prises New York et la Californie, soient partout" aux Etats-Unis, a insisté le maire Bill de Blasio. "Il faut qu'on prenne ces mesures extrêmes".

Près d'un tiers des Américains vit sous une forme de confinement. L'Etat de Washington, le Michigan et le Nouveau-Mexique sont les derniers en date à avoir ordonné lundi aux gens de rester chez eux, et le gouverneur de Californie a durcit les restrictions.

"Malheureusement, on voit que New York se rapproche de l'Italie", a estimé Jerome Adams, administrateur fédéral de la santé publique, déplorant que les gens n'appliquent pas sérieusement les recommandations fédérales de confinement, non coercitives, annoncées la semaine dernière, pour 15 jours.

M. de Blasio comme le gouverneur de l'Etat de New York Andrew Cuomo ont relancé leurs appels au gouvernement fédéral pour qu'il ordonne aux entreprises privées de fabriquer respirateurs et masques, qui manquent cruellement aux Etats-Unis, comme dans beaucoup d'autres pays.

"Oui, c'est une affirmation du pouvoir du gouvernement sur des entreprises privées, et alors? C'est une urgence nationale", a souligné M. Cuomo. "On ne peut plus continuer à être fourni au coup par coup".

- Donald Trump hésitant -

Pour l'instant, le républicain Donald Trump a résisté à imposer de telles mesures, inquiet de leur impact sur l'économie, même si environ un Américain sur trois est déjà censé vivre confiné.

"Nous ne pouvons laisser le remède être pire que le problème lui-même", a-t-il tweeté lundi, alors que le Sénat américain ne parvenait de nouveau pas à s'accorder sur un plan d'envergure de relance de l'économie.

Plus tard, il a même déclaré que les Etats-Unis allaient "très bientôt" se rouvrir au monde des affaires, "bien plus tôt que trois ou quatre mois comme quelqu'un le suggérait. Bien plus tôt".

Pour la seule ville de New York, le maire a réclamé l'envoi en urgence de "centaines de respirateurs et de centaines de milliers puis de millions de masques".

"S'ils ne commencent pas à arriver cette semaine, nous arriverons au point où des gens ne pourront pas être sauvés alors qu'ils auraient pu l'être", a-t-il alerté.

New York attend aussi l'aide de la Garde nationale et du Corps d'ingénieurs de l'armée américaine pour installer des lits d'hôpitaux supplémentaires.

Le centre de conférences du Javits Center, à Manhattan, doit notamment être transformé en hôpital avec une capacité de 1.000 lits, en attendant la conversion de certains hôtels, désormais privés de touristes.

M. Cuomo, qui s'y est rendu lundi, a indiqué espérer qu'il soit prêt d'ici "une semaine à 10 jours".

Le gouverneur a également signé un décret imposant aux hôpitaux new-yorkais d'augmenter leur capacité de 50% --pour arriver à 75.000 lits-- tout en les appelant à viser les 100%.

Un navire-hôpital, le USNS Comfort, d'une capacité de 1.000 lits, doit aussi partir pour New York dans deux semaines, selon le ministre de la Défense Mark Esper.

- "Nervosité" -

Les New-Yorkais, habitués aux embouteillages et aux foules, s'adaptaient tant bien que mal à cette nouvelle réalité faite de rues quasi-désertes, de chantiers de construction à l'arrêt, d'écoles fermées ou de rideaux de fer tirés.

Bus et taxis jaunes continuaient à circuler, pour permettre notamment aux professionnels de santé et aux services d'urgence de travailler, mais roulaient souvent à vide.

Christian Hofer, 42 ans, père d'une famille de deux enfants pourtant très organisée face à l'épidémie, a confié avoir du mal à garder son calme.

"Je passe par tout un éventail d'émotions, allant de la nervosité à un sentiment d'absurde: j'ai vu un +meme+ (montage comique, NDLR) sur internet qui disait, +Nos grands-parents ont été appelés à la guerre, nous, nous sommes appelés à rester sur le canapé...+ Ça aide à mettre les choses en perspective", a-t-il expliqué à l'AFP.

"Je fais de la télé-thérapie avec mes patients, je n'avais jamais fait ça auparavant", a dit de son côté Lauren, psychologue, qui n'a donné que son prénom. "J'essaie de leur donner des choses apaisantes à faire, de leur dire qu'ils ne sont pas seuls, et de me rendre plus disponible".