Après une série de couacs autour du reconfinement, Emmanuel Macron a réuni mercredi un Conseil de défense pour discuter d'un possible durcissement des mesures face à une épidémie de Covid-19 toujours galopante.

Le bilan de la pandémie a une nouvelle fois dépassé la barre de 400 morts en 24 heures mardi, avec 426 décès à l'hôpital, auxquels s'ajoutent 428 morts enregistrés en quatre jours dans les Ehpad. Depuis le début de l'épidémie, le Covid-19 a fait 38.289 morts.

Indicateur essentiel de la pression sur le système hospitalier, que le confinement vise à limiter, le nombre de patients en réanimation était mardi de 3.878 (148 de plus en 24 heures), pour quelque 6.400 lits disponibles (mais aussi pour d'autres pathologies).

Le président de la République a "rappelé la gravité de la situation qui continue de se dégrader avec des services de réanimation de plus en plus proches de la saturation, avec un patient hospitalisé en raison du Covid toutes les 30 secondes en France" et a appelé "à la responsabilité et la mobilisation absolue de chacune et de chacun", a déclaré le porte-parole du gouvernement, Gabriel Attal.

Face à ces chiffres, l'exécutif choisira-t-il de durcir le confinement? M. Attal n'a fait aucune annonce, renvoyant à la conférence de presse hebdomadaire du gouvernement jeudi.

Le Premier ministre Jean Castex a défendu devant le Sénat des décisions "adaptées et cohérentes", assurant avoir "tiré les conséquences" du confinement du printemps pour l'actuel, notamment en ce qui concerne les grandes surfaces et les écoles.

Mais des mesures plus restrictives sont d'ores et déjà étudiées, dont un possible "couvre-feu" à Paris ou en Ile-de-France (notamment en raison des attroupements devant certains commerces autorisés à rester ouverts), dont M. Attal avait annoncé prématurément mardi l'imposition.

Un couac retentissant qui a succédé à la polémique et aux volte-face gouvernementales sur l'ouverture des commerces - de proximité ou grande distribution, puis produit par produit. Polémique qui a généré une fronde de dizaines de maires qui ont bravé dans différentes régions les décisions gouvernementales et pris des arrêtés - retoqués par plusieurs tribunaux administratifs - pour autoriser la réouverture de magasins. Environ 500 commerçants ont par ailleurs manifesté mercredi à Bayonne.

- "Bazar" et "cacophonie" -

L'impression de désordre - "Le big bazar", titrait Libération, tandis que Le Figaro fustigeait "L'exécutif en pleine cacophonie" - a été encore renforcée par un imbroglio à l'Assemblée nationale, où les oppositions ont réussi dans la nuit à limiter à mi-décembre la prolongation de l'état d'urgence sanitaire, que le gouvernement voulait étendre à mi-février.

Or, c'est précisément ce régime d'exception qui permet de restreindre drastiquement les déplacements ou confiner la population. Mais les députés de la majorité se sont retrouvés en minorité sur les bancs.

Le ministre de la Santé Olivier Véran, qui était entendu mercredi après-midi par la mission d'information de l'Assemblée sur la gestion de l'épidémie, a fait interrompre l'examen du texte. Les discussions ont repris et il devrait finalement être voté samedi.

Des voix s'élèvent en tout cas pour un durcissement des mesures face à la résurgence épidémique, comme Gilles Pialoux, chef du service des maladies infectieuses à l’hôpital Tenon à Paris, qui s'est dit "consterné" par un confinement "complètement light".

- "Plus strict" -

Ou Frédéric Valletoux, président de la Fédération hospitalière de France, qui appelle à un resserrement de la vis "si les chiffres ne s'améliorent pas". Position partagée par le maire de Nice Christian Estrosi, qui plaide mercredi dans Le Parisien pour "un confinement plus strict" si la courbe ne s'inverse pas d'ici une semaine.

Les mesures dans l'Education nationale, dont les établissements restent ouverts contrairement au premier confinement du printemps, sont également contestées, par les collectivités ou syndicats qui les jugent difficilement applicables, comme par des élèves qui les dénoncent comme pas assez protectrices.

Dans la foulée du Conseil de défense, le Conseil des ministres a aussi examiné le projet de budget rectifié pour 2020, qui entérine une récession plus importante que prévu et prévoit 20 milliards d'euros de dépenses supplémentaires.

Pour cette quatrième loi de finances rectificative depuis le début de la crise, le gouvernement a revu à la hausse l'impact de l'épidémie de Covid-19 sur l'économie, avec contraction du PIB de 11%, contre un recul évalué à 10% dans la précédente prévision de septembre.

En cause justement: le reconfinement, initialement prévu pour un mois, et qui va faire replonger l'activité et grever le rebond enregistré au troisième trimestre après la sortie du premier confinement.

Et la nouvelle prévision de récession "suppose" d'ailleurs que ce nouveau confinement dure plus d'un mois, a estimé le Haut conseil des finances publiques.