Les indépendantistes ont remporté mercredi la majorité au gouvernement collégial de Nouvelle-Calédonie, pour la première fois depuis l'accord de Nouméa de 1998, avant un troisième référendum sur l'indépendance d'ici 2022, mais sans parvenir à s'entendre sur le nom d'un président.

Convoqués par le haut-commissaire de la République, les membres de l'exécutif se sont réunis en début de soirée pour élire un président mais l'élection, à la majorité absolue, n'a pas abouti. Une nouvelle tentative devrait se tenir lundi. En attendant, le gouvernement sortant continue d'expédier les affaires courantes.

Le ministre des Outre-mer Sébastien Lecornu a souligné dans un communiqué que "l'Etat reste déterminé au dialogue, quelle que soit la composition politique du gouvernement calédonien", tout en appelant à l'élection rapide d'un président.

"La formation du gouvernement sera l'occasion de reprendre le dialogue plus largement sur l'avenir institutionnel de la Nouvelle-Calédonie. Le travail autour des conséquences du +oui+ et du +non+" à l'indépendance, lors d'un "éventuel troisième référendum sera engagé prochainement avec l'ensemble des acteurs politiques calédoniens", a ajouté le porte-parole du gouvernement Gabriel Attal, à l'issue du Conseil des ministres.

Jusqu'à présent, les 16 gouvernements calédoniens qui se sont succédé depuis l'accord de Nouméa, qui organise la décolonisation de l'archipel par étapes, ont été présidés par des personnalités non indépendantistes, dont aucune issue de la communauté kanak.

Les indépendantistes, dont un des leaders, Roch Wamytan, préside déjà le Congrès, s'emparent du gouvernement à un moment crucial alors que l'accord de Nouméa touche à sa fin: d'ici 2022, un troisième et ultime référendum sur l'indépendance devrait être organisé.

Les deux premiers, le 4 novembre 2018 et le 4 octobre 2020, ont été gagnés par les partisans de la France, mais leur score s'est tassé en deux ans de 56,7% à 53,3%.

A partir du 4 avril, soit six mois après le scrutin du 4 octobre 2020, un tiers des élus du Congrès au minimum (18) peut demander l'organisation du troisième référendum. Le FLNKS a d'ores et déjà annoncé qu'il le ferait, tandis que les non-indépendantistes plaident pour une "solution négociée".

Les discussions avec Sébastien Lecornu pour préparer les suites de cette échéance cruciale sont au point mort.

- "Arithmétique électorale" -

L'élection d'un nouveau gouvernement, selon un scrutin de listes par les 54 élus du Congrès (assemblée délibérante), intervenait après la chute le 2 février du précédent exécutif à majorité loyaliste.

Les indépendantistes sont parvenus à remporter l'élection grâce à une alliance avec un petit parti charnière, l'Eveil océanien (EO), dont les trois élus ont voté pour la liste Union Calédonienne-FLNKS. Cette liste a obtenu 3 "ministres".

L'autre liste nationaliste, celle de l'Union nationale pour l'indépendance-FLNKS (UNI-FLNKS), a également obtenu trois membres du gouvernement.

En face, les non indépendantistes, divisés, étaient répartis sur deux listes. Celle de la coalition majoritaire dont était issu le président sortant, l'Avenir en Confiance (AEC), a décroché quatre portefeuilles, et Calédonie ensemble, parti de centre droit, en obtient un seul.

L'élection ne s'est toutefois pas déroulée comme prévu car l'UC-FLNKS espérait remporter un siège de plus, pour permettre à un représentant de l'Eveil Océanien d'entrer au gouvernement. Mais la voix de l'élue du Parti travailliste, petite formation indépendantiste, ainsi que celle plus surprenante d'un loyaliste de l'AEC en faveur de la liste UNI-FLNKS, ont déjoué ce scénario.

"Les loyalistes ont décidé de nous écarter de la route, c'est une manoeuvre politicienne pour essayer de nous déstabiliser", a réagi Milakulo Tukumuli, leader de l'Eveil océanien.

"La Nouvelle-Calédonie est ingouvernable. Il convient de revoir les institutions, en particulier ce gouvernement", a estimé Virginie Ruffenach, chef du groupe AEC au Congrès.

Pour l'élection du président, les deux branches du FLNKS (Front de libération nationale kanak socialiste), l'Union Calédonienne et l'Union nationale pour l'indépendance, ont chacune présenté un candidat. Samuel Hnepeune (UC-FLNKS) et Louis Mapou (UNI-FLNKS), ont fait jeu égal avec 3 voix.

"Il faut se donner un peu de temps pour discuter entre nous", a déclaré Gilbert Tyuienon, membre indépendantiste de l'exécutif.

Thierry Santa, président loyaliste du gouvernement sortant, s'était aussi porté candidat, obtenant 4 suffrages.