Tournant spectaculaire dans la campagne des municipales à Paris: Le candidat macroniste Benjamin Griveaux s'est retiré, dénonçant, avec le soutien du gouvernement, des "attaques ignobles" après la diffusion d'une vidéo sexuelle.

De LFI au RN, les principaux responsables politiques ont condamné la diffusion sur le web de la vidéo intime, y voyant une "menace contre la démocratie" à l'heure des réseaux sociaux tout puissants.

La porte-parole du gouvernement, Sibeth Ndiaye, a dénoncé une "ignominie" et, comme la ministre de la transition écologique Elisabeth Borne une campagne "de boules puantes". Le Premier ministre Edouard Philippe a lui exprimé sa "sympathie" à Benjamin Griveaux, en indiquant respecter sa décision "difficile".

Son collègue de l'Intérieur Christophe Castaner a souligné que cette diffusion illégale devait "évidemment être poursuivie" devant les tribunaux, précisant que ces faits pouvaient être sanctionnés par "une peine d'amende importante" et jusqu'à "deux ans d'emprisonnement".

L'air grave, Benjamin Griveaux a annoncé en début de matinée qu'il avait "décidé de retirer (sa) candidature" au scrutin des 15 et 22 mars. "Cette décision me coûte mais mes priorités sont très claires. C'est d'abord ma famille, vous l'aurez compris", a expliqué le candidat de La République en Marche dans cette déclaration enregistrée au siège de l'AFP, en présence également de BFM Paris.

Cette annonce est intervenue un peu plus de 24 heures après la diffusion, mercredi soir, d'une vidéo intime et de messages à caractères sexuels adressés à une femme, par un site affirmant qu'ils émanaient de l'ancien porte-parole du gouvernement.

L'artiste contestataire russe Piotr Pavlenski, qui avait incendié la façade d'une succursale de la Banque de France en 2017, a affirmé avoir mis en ligne cette vidéo. Selon Libération qui lui a parlé, il affirme la tenir "d'une +source+ qui avait une relation consentie avec Benjamin Griveaux".

La séquence a été publiée "sur un site clandestin sans mention légale, hébergé aux États Unis, lié dit-on, à un activiste russe", a commenté l'avocat Richard Malka, conseil de Benjamin Griveaux, qui lui a demandé "d'engager des poursuites contre toute publication" qui ne respecterait pas sa vie privée. "On va prendre le temps d'étudier tout ça, la situation est complexe d'un point de vue juridique et encore plus d'un point de vue technique", a souligné Me Malka.

Le site en question n'était plus accessible vendredi soir.

Depuis 2016 et l'adoption de la loi "pour une République numérique", la diffusion de "revenge porn" est passible de 2 ans d'emprisonnement et 60.000 euros d’amende.

- En quête d'un candidat -

Benjamin Griveaux a jeté l'éponge 24 heures après avoir présenté son programme pour Paris devant une centaine de soutiens et ses têtes de listes dans les arrondissements. Avec l'espoir de faire décoller une campagne jusqu'alors en deçà des espoirs, les sondages ne le plaçant qu'en troisième position derrière la maire Anne Hidalgo (PS) et la candidate LR Rachida Dati.

L'ex-porte parole du gouvernement a indiqué à l'AFP s'être entretenu tard jeudi soir avec le président Emmanuel Macron, qui l'a selon lui assuré de son soutien "quelle que soit sa décision", en l'invitant à protéger les siens. L'entourage du chef de l'Etat a confirmé qu'un échange avait eu lieu.

Dans l'urgence, le parti présidentiel, qui multipliait les consultations, s'est mis en quête d'un nouveau candidat car il y aura "quoi qu'il arrive" une liste LREM à Paris, a assuré la députée Olivia Grégoire, l'une des porte-parole de Benjamin Griveaux.

Ce ne sera pas Marlène Schiappa, la secrétaire d'Etat chargée de l'Egalité femmes-hommes, qui a affirmé qu'elle ne serait pas candidate.

Parmi les noms cités, figurent celui de la ministre de la Santé Agnès Buzyn, l'ex-ministre Mounir Mahjoubi qui s'est dit "disponible", ou encore Delphine Bürkli, la maire sortante du IXe arrondissement (ex-LR), proche d'Edouard Philippe.

- "Naufrage voyeuriste" -

"Mon projet reste ouvert à toutes celles et ceux qui souhaitent l'alternance à Paris sur la base des valeurs progressistes, écologiques, que je défend depuis le début", a souligné pour sa part l'ex-LREM Cédric Villani, en réponse à une question sur une éventuelle fusion de ses listes avec celles de LREM. Il a dénoncé une "attaque indigne" que subit Griveaux comme "une menace grave pour notre démocratie".

"Les Parisiens méritent une campagne apaisée et digne, à la hauteur des enjeux majeurs pour l'avenir de Paris", a réagi Rachida Dati (LR), tandis que le candidat écologiste David Belliard prenait acte de "la décision difficile" de son ex-concurrent.

Anne Hidalgo a pour sa part appelé "au respect de la vie privée et des personnes".

"La publication d'images intimes pour détruire un adversaire est odieuse. Refusons le naufrage voyeuriste de la vie publique du pays. Non, tous les coups ne sont pas permis", a lancé le patron de LFI Jean-Luc Mélenchon.

Marine Le Pen (RN) a elle estimé que Benjamin Griveaux s'était "incontestablement comporté de manière irresponsable", tout en s'interrogeant sur un possible "coup monté" et sur "le profil" du "Russe anti-Poutine" qui a diffusé la vidéo.

Il n'y a pas de précédent en France d'un haut responsable politique obligé de jeter l'éponge à cause du "revenge porn" ou "vengeance pornographique", inconnu il y a encore quelques années. Aux Etats-Unis ou au Royaume-Uni, des ministres ou des candidats y avaient été contraints après la publication de photos compromettantes ou de révélations de liaisons extra-maritales.