La Russie a échoué vendredi à faire approuver par le Conseil de sécurité de l'ONU une réduction de l'aide humanitaire transfrontalière en Syrie, expirant en fin de journée, ne recueillant pas lors d'un vote un nombre suffisant de voix.

Selon des diplomates, son projet de résolution prévoyant la suppression d'un point d'accès en Syrie a recueilli 4 voix pour (Russie, Chine, Vietnam, Afrique du Sud), 7 contre (Etats-Unis, Royaume-Uni, France, Allemagne, Belgique, Estonie, République dominicaine) et quatre abstentions (Indonésie, Tunisie, Niger, Saint-Vincent et les Grenadines).

Une tentative similaire mercredi s'était déjà soldée par un échec de Moscou avec ce même résultat.

Un précédent vote dans la journée sur un projet de résolution cette fois de l'Allemagne et de la Belgique s'était conclu par un nouveau double veto - le deuxième en trois jours - de la Russie et de la Chine, illustrant la profonde division du Conseil de sécurité.

L'autorisation transfrontalière de l'ONU, qui permet d'acheminer de l'aide à la population syrienne sans l'aval de Damas, existe depuis 2014 et expire ce vendredi.

Le dispositif s'appuie sur deux points d'entrée dans le nord-ouest de la Syrie, sur la frontière turque: à Bab al-Salam, menant à la région d'Alep, et à Bab al-Hawa, desservant la région insurgée d'Idleb où vivent près de quatre millions de Syriens.

La Russie, qui juge que ce mécanisme empiète sur la souveraineté de son allié syrien, veut supprimer le point d'entrée de Bab al-Salam, avançant qu'il est bien moins utilisé que celui de Bab al-Hawa.

Jusqu'à présent, les Occidentaux refusent et veulent conserver deux accès.

En janvier, Moscou avait déjà réussi à imposer à l'ONU de réduire fortement le dispositif, de quatre à deux points de passage frontalier et pour six mois contre un an depuis sa création.

- Cinq scrutins vains -

Au total, le Conseil de sécurité a enchaîné depuis le début de la semaine cinq scrutins sur ce sujet de l'autorisation transfrontalière en Syrie, sans parvenir à une solution.

Vendredi, l'Allemagne et la Belgique ont mis sur la table du Conseil un nouveau projet qui prévoit de maintenir le point de passage de Bab al-Hawa pour un an et celui de Bab al-Salam pour seulement trois mois, selon le texte obtenu par l'AFP.

Les deux membres non permanents, en charge du volet humanitaire du dossier syrien à l'ONU, pourraient demander prochainement un vote au Conseil, éventuellement avec des amendements au texte, selon ces sources.

Le double veto vendredi de Moscou et Pékin était le 16e pour Moscou et le 10e pour Pékin sur un texte lié à la Syrie depuis le déclenchement de la guerre en 2011.

Pour l'ONU, maintenir le plus possible de points de passage est crucial, surtout face au risque de la pandémie de Covid-19 qui gagne la région.

En juin, le secrétaire général de l'ONU, Antonio Guterres, avait réclamé dans un rapport le prolongement du dispositif transfrontalier pour un an en incluant les deux points d'accès actuels.

A l'unisson, après le nouveau double veto russo-chinois, les ONG ont vivement critiqué l'incapacité du Conseil de sécurité à se mettre d'accord.

David Miliband, président de l'ONG International Rescue Committee, a dénoncé "un jour noir" pour les Syriens et une "honte".

"La Russie et ses opposants au Conseil voient ces échanges comme un moyen de gagner des points politiques face à l'autre mais il ne s'agit pas d'un jeu", a souligné Richard Gowan de International Crisis Group, tandis que Louis Charbonneau de Human Rights Watch mettait en garde contre une aggravation "inutile d'une crise humanitaire déjà désastreuse".