Brithany Mendosa, huit ans, n'a pas été en classe depuis un an comme quelque 890.000 autres élèves du Panama, le pays au monde où les écoles sont fermées depuis le plus longtemps en raison de la pandémie de coronavirus.

Quatorze pays dans le monde n'ont toujours pas rouvert leurs écoles en présentiel depuis mars 2020, selon l'Unicef.

Les deux-tiers sont situés en Amérique latine, concernant quelque 98 millions d'écoliers, indique un récent rapport de l'agence onusienne pour l'enfance. En nombre de jours fermés, le Panama devance le Salvador, le Bangladesh et la Bolivie.

Dans le petit pays d'Amérique centrale de 4,2 millions d'habitants, cette longue période sans école n'est plus tenable et révèle d'énormes disparités selon les situations géographiques ou sociales.

Pour Erica Luna, vendeuse de fruits et légumes sur un marché de son quartier déshérité de la banlieue de Panama, mère de la petite Yoselin, 3 ans, "la pandémie a tout changé".

"Avant j'emmenais ma fille à la garderie, mais maintenant il n'y en n'a plus et je dois parfois l'emmener avec moi", dit cette migrante nicaraguayenne de 29 ans.

La plupart du temps Yoselin s'occupe sur le téléphone cellulaire de sa mère, jusqu'à ce qu'elle tombe de sommeil à ses pieds, sur un carton.

- "Vivre avec les autres "-

Milena Mendosa vit également dans une banlieue pauvre de Panama. Sa fille Brithany, 8 ans, a été aussi longtemps rivée sur son téléphone portable pour suivre les cours dispensés par son école publique sur internet.

Mais les classes virtuelles avec près d'une trentaine d'enfants sont difficiles à suivre et Brithany a décroché. Milena Mendosa, mère célibataire, dit qu'elle n'arrive pas à s'en sortir entre son travail et le soutien scolaire dont sa fille aurait besoin.

Ana Maria Areiza est triste pour son fils Rafael, 5 ans, qui "voit ses amis sur l'ordinateur mais n'interagit pas avec eux". "Il n'a plus rien à me raconter après l'école", soupire-t-elle.

Un enfant a besoin de contacts avec ses semblables "pour apprendre à vivre avec les autres et comprendre le monde dans lequel il vit. Sinon, il prend du retard et cela peut provoquer des problèmes de comportement", rappelle le pédiatre Enrique Ruidiaz.

La mère de Santiago, Krystal Pérez, a pris les devants, constatant que son fils ne progressait pas en classe virtuelle. Avec d'autres parents, ils ont embauché une maîtresse qui donne au petit groupe des cours particuliers.

"Cela a été salvateur pour l'éducation de nos enfants car 5, 6, ou 7 heures derrière un écran, cela ne pouvait pas marcher", estime-t-elle.

Caroline Castillon, une Française, mère de Léonore, a rejoint le petit groupe. "Nous sommes sortis du système scolaire une bonne fois pour toutes. L'école nous a abandonnés, il n'y avait pas d'autre choix", dit-elle.

- "Stress" -

"Les enfants ont besoin d'être avec leurs pairs et des enseignants" et "plus cette situation se prolonge, plus les conséquences seront graves", souligne auprès de l'AFP la responsable du programme d'Education d'urgence de l'Unicef pour l'Amérique latine et les Caraïbes, Ruth Custode, basée au Panama.

Elle affirme que les enfants restés "enfermés un an (à la maison) ont développé un stress et une angoisse incroyables". Elle fait également part d'une augmentation des cas de violence, d'abus sexuels, de grossesses d'adolescentes et "même des cas de suicides de jeunes".

Or Mme Custode souligne que "très souvent en Amérique latine c'est à l'école que les enfants reçoivent le seul vrai repas de la journée" et que "s'ils ne vont pas à l'école, ils n'ont pas non plus accès aux services de santé, de vaccination, de protection".

"Ce n'est pas possible que l'on rouvre les restaurants, les centres commerciaux, les casinos, les cinémas et que l'on ne rouvre pas les écoles", s'indigne-t-elle, alors que "plusieurs études montrent que les écoles ne sont pas le principal foyer de contagion".

La ministre panaméenne de l'Education, Maruja Gorday, assure que les écoles vont bientôt rouvrir, de manière "progressive" grâce à l'avancée de la vaccination. Peut-être même dès avril si les autorités de santé donnent le feu vert.