Le Mexique, troisième pays le plus endeuillé après les Etats-Unis et le Brésil, va très prochainement franchir la barre symbolique des 200.000 morts du Covid-19.

Son taux de mortalité pour 100.000 habitants est le 17e plus élevé. Le ministère mexicain de la Santé a recensé mercredi 199.627 morts du coronavirus, le rythme des décès fluctuant entre 200 et 1.000 par jour.

Le nombre d'infections dépasse lui les 2,2 millions pour 126 millions d'habitants.

On est loin des prévisions initiales du gouvernement conduit par le président Andres Manuel Lopez Obrador, qui tablait au début de l'épidémie sur 8.000 morts.

La réalité aidant, cette estimation avait par la suite été rapidement revue à la hausse avec 35.000 puis 60.000 décès, un scénario alors qualifié de "catastrophique".

"J'imaginais bien que ça allait être pire que ce que le gouvernement prévoyait. Mais ça l'a été encore plus", confie à l'AFP Alejandro Macias, un épidémiologiste qui a dirigé la stratégie contre le virus H1N1 en 2009.

Adriana Hernandez, veuve de Carlos, premier mort officiel du Covid au Mexique le 18 mars 2020, se souvient de l'incrédulité des autorités et de ses voisins, à l'époque, il y a seulement un an.

"On nous a montré du doigt et menacé de brûler notre maison ... Mais aujourd'hui, comme les autres, nous faisons partie des statistiques", raconte-t-elle à l'AFP.

- Le spectre de la troisième vague -

Le pays sort pourtant de quelque neuf semaines avec des chiffres laissant espérer une embellie après le cauchemar de janvier. Des records de décès et de contaminations avaient alors été battus, les hôpitaux s'étaient trouvés saturés, notamment dans la capitale et son agglomération.

Mais le scenario d'une troisième vague ne peut pour autant être écarté, le variant brésilien, une mutation beaucoup plus virulente du SRAS-CoV-2, circulant dans de nombreux pays d'Amérique latine.

Les autorités mexicaines indiquent n'avoir pour l'heure recensé qu'une dizaine de cas du variant britannique et pas plus de trois cas du variant brésilien, notamment chez une femme rentrée du Brésil fin janvier et aussitôt placée à l'isolement.

Peu enclin à faire de nouvelles prévisions, Hugo Lopez-Gatell, en charge de la stratégie gouvernementale contre le coronavirus, se contente de mettre en garde au moment où des millions de Mexicains se préparent aux vacances de Pâques.

"Il n'y a aucune certitude, ni au Mexique, ni dans le monde, que la courbe épidémique va descendre progressivement", vient-il de déclarer.

Alejandro Macias n'exclut pas non plus une accélération des contaminations dans la foulée de ces vacances, bien que les cérémonies religieuses soient limitées. Il évoque également la possibilité qu'une partie de la population mexicaine "ait développé une certaine immunité".

- Des vaccins au compte-gouttes -

Accusé de laxisme par ses opposants, le président de gauche réplique que le Mexique a été parmi les premiers pays d'Amérique latine à lancer une campagne de vaccination, le 24 décembre 2020.

Son administration affirme avoir investi quelque 3,6 milliards de dollars dans la lutte contre le coronavirus.

"Nous sommes déjà au creux de la deuxième vague. Il nous faut donc profiter de l'occasion pour vacciner afin d'être protégés en cas de troisième vague", a déclaré cette semaine AMLO dont la cote de popularité se maintient.

Mais cette vaccination progresse au compte-gouttes. Elle concerne en priorité le personnel soignant et l'objectif est de couvrir l'ensemble des personnes âgées d'ici mai.

En trois mois, près de 10 millions de doses ont été administrées. "Pour qu'il y ait une véritable vaccination de masse, il nous faut dix millions de vaccins par mois. Nous n'y sommes pas. Le programme de vaccination a déraillé", estime Alejandro Macias.

Quant à l'économie, qui a connu une chute historique de 8,5% en 2020 en raison de la pandémie, elle semble rebondir.

Ce mois-ci, la banque centrale a revu à la hausse son estimation de la croissance pour 2021, avec une fourchette comprise entre 3,3% et 4,8%.

Malgré l'intensité de la deuxième vague, les autorités ont évité une fermeture quasi-totale comme celle qui avait été décrétée il y a un an. De nombreux secteurs de l'économie restent actifs en dépit des restrictions.

"Avec plus de la moitié des Mexicains dans le secteur informel, il est compliqué de leur dire +ne sortez pas+, les gens ont besoin d'argent pour vivre. Mais nous ne devons pas baisser la garde", affirme Alejandro Macias.