A la tête de TF1 pendant 20 ans, artisan de la privatisation de la chaîne rachetée par le groupe Bouygues en 1987, Patrick Le Lay, décédé mercredi à l'âge de 77 ans, a laissé l'image d'un patron énergique mais aux propos controversés.

Entré chez Bouygues en 1981, cet ingénieur en travaux publics est nommé trois ans plus tard pour mener la diversification du groupe. Après l'annonce de la prochaine mise en vente de TF1, Patrick Le Lay prépare pendant un an, avec minutie, le dossier de candidature de son employeur, ignorant la rumeur qui donne favorite la maison d'édition Hachette de Jean-Luc Lagardère.

Lorsque Bouygues rafle la mise, ce Breton austère découvre les moeurs flamboyantes de la télévision, très éloignées de celles du BTP. La plupart des stars quittent TF1 pour la Cinq, le navire tangue.

Peu à peu, avec le vice-président du groupe Etienne Mougeotte, il redresse la barre et transforme TF1 en machine à faire de l'audience et engranger les recettes publicitaires.

La chaîne s'installe comme leader incontesté de la télévision en France, une position qu'elle conserve encore aujourd'hui malgré une concurrence démultipliée.

Grâce à une gestion rigoureuse et un incontestable savoir-faire en matière de programmation, privilégiant les programmes populaires et réservant une place de choix à la télé-réalité, il laisse en 2007 à son successeur Nonce Paolini une société en excellente forme financière, réalisant une part d'audience de 31,6%.

Au sein de la rédaction, c'est "un homme de poigne" dont les seuls contacts avec les journalistes de base ont eu lieu "pendant l'existence éphémère de la Société des journalistes", rapporte un ancien journaliste de TF1.

Aux protestations de la SDJ après la coupure brutale, par la publicité, d'une conversation entre deux Prix Nobel lors d'un 20H00 en octobre 1992, il répond par le poétique: "Je me fous de vos cartes de presse. Aujourd'hui, même les putes sont encartées".

Et personne n'a oublié ses paroles sur "le temps de cerveau disponible", des déclarations sorties de leur contexte, s'était-il ensuite défendu.

- Attaché à la Bretagne -

"Très grande tristesse d'apprendre la mort de Patrick Le Lay. Un vrai patron, un concurrent redoutable", a réagi mercredi sur Twitter le président du directoire du groupe M6 Nicolas de Tavernost.

"C'était un homme de conviction, parfois rude mais toujours attaché aux autres", a déclaré pour sa part sur le même réseau le PDG du groupe Bouygues, Martin Bouygues.

L'actuel PDG du groupe TF1 Gilles Pélisson a salué dans un communiqué "un visionnaire pour le monde de la télévision moderne, un grand chef d’entreprise et un entrepreneur audacieux".

Les erreurs de jugement de Patrick Le Lay sont peu nombreuses. Mais en 2002, il jugeait "quasi nulles" les chances de succès de la télévision numérique terrestre (TNT), qu'il qualifiait de projet "marxiste".

TF1 a donc fait des débuts timides dans la TNT, privilégiant au départ la télévision payante avec TMC rachetée avec AB Groupe et NT1 (devenue TFX).

Le groupe français laisse également passer en 2003 l'occasion de s'implanter en Allemagne, lors du démantèlement de l'empire de Leo Kirch.

Enfin, dans la lutte qui l'opposait à Canal+ dans le domaine de la télévision payante, c'est Canal+ qui a remporté la mise en rachetant fin 2005 TPS, l'ancien bouquet satellitaire détenu alors majoritairement par TF1.

Sa gestion sera seulement mise en cause lorsqu'il est personnellement condamné en appel, en 2013, pour avoir abusé des contrats à durée déterminée de mai 2002 à mai 2003, une première pour un patron de l'audiovisuel français.

Après son départ de TF1 en 2010, Patrick Le Lay s'était allié avec son ami François Pinault et dirigé le fonds d'investissement Serendipity spécialisé dans les paris sportifs. Très attaché à la Bretagne, il avait aussi présidé le club de football du Stade Rennais au début des années 2010.