Le parti du Premier ministre néerlandais Mark Rutte, prêt à entamer un quatrième mandat, avait bon espoir jeudi de former une nouvelle coalition d'ici l'été, après une victoire massive aux élections législatives.

Au pouvoir depuis 2010, ce qui fait de lui l'un des dirigeants européens en poste depuis le plus longtemps, M. Rutte et son parti libéral VVD s'apprêtent à entamer les discussions avec d'autres partis pour former un nouveau gouvernement.

Le VVD a gagné 35 des 150 sièges à la chambre basse du parlement, soit deux de plus qu'auparavant, après le décompte de la plupart des bulletins.

L'autre vainqueur est le parti de centre-gauche pro-Européen D66, emmené par la ministre du Commerce extérieur et de la Coopérationt, Sigrid Kaag, qui a remporté 23 sièges (+4).

Les progressistes deviennent ainsi le deuxième parti, détrônant la formation du député anti-islam Geert Wilders, rétrogradée à la troisième place avec 17 sièges.

De son côté, le populiste Thierry Baudet a fait de bonnes affaires après avoir mené une campagne contre les restrictions anti-coronavirus. Son Forum pour la Démocratie a désormais 8 sièges, contre 2 auparavant.

La présidente de la chambre basse Khadija Arib a réuni jeudi après-midi les têtes de liste pour discuter de la manière dont vont se dérouler les négociations pour former une nouvelle coalition, selon les médias néerlandais.

Annemarie Jorritsma, membre du VVD, a assuré auprès de la télévision publique NOS que la nouvelle coalition devrait être formée "avant l'été", avertissant toutefois que les négociations formelles qui devraient débuter lundi seraient "complexes".

- Avec les progressistes -

Les pourparlers pour en créer une après les dernières législatives de 2017 avaient duré sept mois.

Rutte a déclaré mercredi soir qu'il était "évident" que ces négociations se feront quoi qu'il arrive avec le D66, au vu des résultats, et souhaite continuer à travailler avec le CDA (chrétiens-démocrates) du ministre des Finances Wopke Hoekstra, qui est en recul avec 15 sièges.

Les deux formations faisaient déjà partie de la précédente coalition contrainte de démissionner en janvier après que des milliers de parents avaient été accusés à tort de fraude aux allocations familiales. Le gouvernement est toutefois resté en place pour gérer les affaires courantes.

M. Rutte, qui a d'ores et déjà exclu de travailler avec Geert Wilders ou Thierry Baudet, s'est félicité mercredi soir d'un "vote de confiance massif", après trois jours d'élections législatives dominées par la crise sanitaire.

Il a estimé que la question clé de ces élections était de déterminer comment "reconstruire" le pays après la pandémie.

"Ils auraient dû mieux gérer la situation avec le Covid. Mais je pense qu'une fois que tout le monde est vacciné, il pourrait être très important pour moi de relancer l'économie", a souligné Luke De Brouwer, employé d'une station-service à La Haye.

Corinne Metzlar, une institutrice, a elle affirmé que Rutte était "merveilleux". "Il fait un excellent travail pour notre pays. Et avec D66, avec Mme Kaag, je pense qu'ils formeront un très bon couple", a-t-elle expliqué à l'AFP.

- "De l'énergie pour dix ans" -

Surnommé le Premier ministre "Téflon" pour sa capacité à sortir indemne des crises politiques, M. Rutte deviendrait le Premier ministre à la plus grande longévité dans l'histoire des Pays-Bas, s'il parvenait à se maintenir au pouvoir jusqu'à a fin 2022.

Mais former une nouvelle coalition pourrait s'avérer compliqué car le VVD, D66 et CDA seraient à court de deux sièges pour atteindre la majorité de 76 sièges à la chambre basse, ce qui signifie qu'ils devront trouver au moins un autre partenaire dans un paysage politique toujours plus fragmenté.

Il semble que la chambre basse sera désormais composée d'un nombre record de 17 partis, égalant celui de 1918.

Selon des médias locaux, la coalition pourrait se tourner vers la gauche, car le plus petit parti de la coalition actuelle, la formation de centre-droit Christen Unie, pourrait ne plus convenir au D66, qui souhaite une "société plus progressiste et plus verte".

Mais les partis traditionnels de gauche ont passé une bien mauvaise soirée électorale. Le Parti travailliste reste bloqué à 9 sièges, tandis que les écologistes de GroenLinks accusent une lourde chute et tombent à 8 sièges.

L'ambiance était bien plus à la fête chez D66. Mme Kaag est apparue dansant mercredi soir debout sur une table, sur une photo postée sur Twitter.

"Quelle merveilleuse soirée", a-t-elle tweeté, ajoutant qu'il était temps de "se mettre au boulot" car, dit-elle, "l'avenir n'attend pas."