L'ex-chirurgien Joël Le Scouarnec a été condamné jeudi à 15 ans de réclusion criminelle au terme de son procès à huis clos aux assises de Charente-Maritime pour abus sexuels sur quatre mineures, une "juste peine" et une "satisfaction" pour les quatre victimes de ce premier volet d'une affaire de pédophilie hors norme.

Cette peine de prison, conforme aux réquisitions de l'avocat général, a été assortie d'un suivi socio-judiciaire de 3 ans comprenant une injonction de soins, l'accusé de 70 ans ayant en outre été reconnu coupable de tous les faits qui lui étaient reprochés. Il a dix jours pour faire appel.

L'accusé, qui encourait 20 ans de réclusion criminelle, est resté impassible à l'annonce du verdict à Saintes, gardant les bras croisés sur le ventre, sans un regard pour les victimes. A quelques mètres de lui, celles-ci se sont étreintes, envahies par l'émotion.

La présidente de la cour, Isabelle Fachaux a souligné que "malgré sa condamnation" en 2005 pour consultation d'images pédopornographiques, "Joël Le Scouarnec a poursuivi ses agissements ce qui fait craindre une réitération des faits" et "rend nécessaire une peine d'incarcération significative", selon les motivations du verdict.

"On est vraiment satisfaits (...), c'est une juste peine", s'est réjoui Me Francesca Satta, avocate d'une des quatre victimes, la fillette voisine de l'ex chirurgien qui l'avait dénoncé en mai 2017.

"Je ne demande pas l'indulgence de la cour", avait déclaré l'accusé dans ses derniers mots. "Je ne demande ni pardon, ni compassion (...) seulement le droit de redevenir un homme meilleur", avait-il dit, des propos rapportés par plusieurs avocats hors la salle d'audience, huis clos oblige.

"Il a expliqué qu'il émettait énormément de regrets (...) sans forcément demander d'excuses, lui-même sait que ce qu'il a fait est impardonnable", avait assuré son avocat Me Thibaut Kurzawa après sa plaidoirie.

- "Aveux stratégiques" -

Revigorées par ce verdict, les parties civiles, et notamment Me Satta, présagent que cette première étape judiciaire "donne le ton" dans la perspective de l'éventuel second procès sur l'autre affaire de pédocriminalité qui rattrape Le Scouarnec, celle-ci d'une ampleur vertigineuse.

Le médecin autrefois respecté, père de trois fils, est en effet également mis en examen depuis octobre à Lorient (Morbihan), dans une deuxième procédure, pour viols et agressions sexuelles sur 312 victimes potentielles identifiées à la lumière des écrits glaçants du chirurgien autoproclamé pédophile, découverts chez lui à son arrestation en 2017.

A Saintes, l'ancien chirurgien digestif était jugé pour des agressions sexuelles sur sa nièce Aurélie* dans les années 90 à Loches (Indre-et-Loire) et sur une patiente, Amélie* ainsi que des fais de viols (pénétrations digitales), à la même période, sur Helena*, une autre nièce, et sur Lucie*, sa petite voisine à Jonzac (Charente-Maritime). C'est elle, qui en le dénonçant avait permis la révélation des archives secrètes du médecin en 2017.

Depuis son arrestation, il reconnaissait des agressions sexuelles, mais niait les faits plus graves de viols, dans ce volet où "l'omerta" de la famille est dénoncée à l'unisson par les parties civiles.

Dès les années 90, son ex-femme, qui le conteste aujourd'hui, l'avait questionné sur ses penchants, puis sa soeur avait reçu les confidences de ces filles. Jamais il n'avait été dénoncé malgré ces signaux intrafamiliaux et des alertes à l'hôpital après sa légère condamnation en 2005.

Durant le procès débuté lundi, Joël Le Scouarnec a reconnu des faits de viols au compte-gouttes oscillant, selon des avocats de parties civiles, entre "amnésie" et "aveux stratégiques". Confronté à ses victimes et à l'exposé des pièces "insoutenables" comprenant photos et écrits, il a notamment admis avoir violé ses nièces, aujourd'hui âgées de 35 et 30 ans. Un revirement qui "leur a fait un bien fou", selon leur avocate Me Delphine Driguez, même si ces aveux concernant l'aînée n'ont pu être retenus contre lui, la cour n'étant pas saisie de ces faits.

L'accusé n'a en revanche pas avoué le viol de la petite voisine de Jonzac, celle par qui l'affaire a éclaté. L'accusé dit ne pas s'en souvenir. "On reste sur notre faim", a admis Me Francesca Satta.

* prénoms modifiés