Quinze ans de réclusion criminelle ont été requis jeudi contre l'ex-chirurgien Joël Le Scouarnec, qui comparait à huis clos à Saintes pour des viols et agressions sexuelles sur quatre mineures au moment des faits, premier volet d'une gigantesque affaire de pédophilie.

"Je ne demande pas l'indulgence de la cour", a déclaré l'accusé, avant que la cour et le jury ne se retirent pour délibérer. "Je ne demande ni pardon, ni compassion (...) seulement le droit de redevenir un homme meilleur", a-t-il dit, des propos rapportés par plusieurs avocats, huis clos oblige. L'homme, qui fête ce jour ses 70 ans, encourt la peine maximale de 20 ans de réclusion criminelle.

L'avocat général Mathieu Auriol venait de requérir la peine de 15 ans de réclusion criminelle assortie de dix ans de suivi socio-judiciaire et de peines complémentaires comprenant l'interdiction d’entrer en contact avec des mineurs et d’exercer sa profession.

Le représentant du ministère public a également réclamé une mesure de rétention de 5 ans, à sa sortie de prison si sa situation, notamment psychologique, l'exige. "C’est un choix de réquisitions qui a le mérite de vouloir rassurer sur les risques de récidive", a commenté Céline Astolfe, avocate de la Fondation pour l'Enfance.

"Il a expliqué qu'il émettait énormément de regrets (...) sans forcément demander d'excuses, lui-même sait que ce qu'il a fait est impardonnable, ce sont ses mots", a assuré son avocat Me Thibaut Kurzawa après avoir plaidé.

"Je ne peux pas arriver à mettre de la sincérité sur les mots qu'il prononce (...). Il est extrêmement manipulateur", a commenté Me Francesca Satta, l'avocate de la famille de la très jeune voisine de l'ex-chirurgien, qui en le dénonçant, avait permis l'arrestation de Le Scouarnec en mai 2017.

- "Aveux stratégiques" -

Durant le procès ouvert lundi, Joël Le Scouarnec a reconnu des faits de viols, mais au compte-gouttes, oscillant, selon des avocats de parties civiles, entre "amnésie" et "aveux stratégiques" pour ce premier volet d'une affaire de pédophilie hors normes sur 30 ans.

Le médecin autrefois respecté, père de trois fils, est en effet également mis en examen depuis octobre à Lorient (Morbihan), dans une deuxième procédure, pour viols et agressions sexuelles sur 312 victimes potentielles identifiées à la lumière des écrits glaçants du chirurgien autoproclamé pédophile, découverts chez lui au moment de son arrestation en 2017.

A Saintes, l'ancien chirurgien digestif est jugé pour des agressions sexuelles sur sa nièce Aurélie* dans les années 90 à Loches (Indre-et-Loire) et sur une patiente, Amélie* ainsi que des fais de viols (pénétrations digitales), à la même période, sur Helena*, une autre nièce, et sur Lucie*, sa petite voisine à Jonzac (Charente-Maritime), dont la dénonciation en avril 2017 avait lancé l'affaire.

Depuis, il reconnaissait des agressions sexuelles, mais niait les faits plus graves de viols, dans ce volet où "l'omerta" de la famille est dénoncée à l'unisson par les parties civiles.

Dès les années 90, son ex-femme, qui le conteste aujourd'hui, l'avait questionné sur ses penchants, puis sa soeur avait reçu les confidences de ces filles. Jamais il n'avait été dénoncé malgré ces signaux intrafamiliaux et des alertes à l'hôpital après sa condamnation en 2005 à une peine légère pour consultations d'images pédopornographiques.

Confronté cette fois à ses victimes et à des pièces "insoutenables" mêlant photos, vidéos et écrits, l'accusé a fini par lâcher des aveux de viols en pointillés. Mardi, il a reconnu des faits sur trois victimes anciennes dans les années 80, sans conséquence pour lui car ces cas étaient prescrits. Puis, confronté mercredi à l'aînée des deux nièces, il a reconnu les avoir violées elle et sa soeur, aujourd'hui âgées de 35 et 30 ans.

Le "soulagement" des nièces après ces aveux a cependant été de courte durée: la cour ne peut pas retenir ces aveux concernant l'aînée puisqu'elle n'est pas saisie de ces faits.

Leur déception s'est ajoutée à celle de la mère et de l'avocate de la petite voisine de Jonzac, qui ne sont pas parvenues à tirer des aveux sur le viol digital de la fillette, 10 ans aujourd'hui. L'accusé dit ne pas s'en souvenir.

* prénoms modifiés