Des salariés de l'agro-industrie au Pérou ont commencé à lever vendredi soir les barrages qu'ils avaient installés sur la principale route du pays, après que le Parlement eut abrogé une loi agricole de l'année 2000 qu'ils contestaient.

Outre une augmentation de salaire de 11 à 18 dollars par jour, ces travailleurs exigeaient l’abrogation de la loi de Promotion Agraire qui avait été approuvée sous la présidence d'Alberto Fujimori (1900-2000).

Cette loi, qui avait permis de renforcer le secteur péruvien des exportations agricoles - dont le chiffre d'affaires s'élève à 5 milliards par an - accordait des avantages fiscaux aux entreprises mais privait les travailleurs de certains droits et limitait leurs salaires. Elle avait été prorogée il y a un an jusqu’en 2031.

Le nouveau gouvernement du président Francisco Sagasti, investi le 17 novembre, avait envoyé le projet d’abrogation de la loi au Congrès.

Les députés ont abrogé le texte controversé à une très large majorité, après cinq jours de blocage de tronçons de la Panaméricaine, une voie qui traverse le pays du nord au sud, de la frontière équatorienne à celle du Chili.

Immédiatement, des centaines de travailleurs qui bloquaient la route à Ica, à 250 km au sud de Lima, ont fêté la bonne nouvelle, au cri de "Oui, ça a été possible", ont constaté des journalistes de l'AFP. Quelque 2.000 camions et des dizaines d'autobus avaient été bloqués à Ica.

"Nous procédons actuellement au nettoyage de la route parce que les manifestants ont levé leur mesure de force (barrage, ndlr) pour que les véhicules puissent se rendre à leur destination", a indiqué à l’AFP le colonel de la police Marlon Anticona sur place, ajoutant: "tous les tronçons de la Panaméricaine sont maintenant débloqués".

Dans la région de La Libertad, à 490 km au nord de Lima, deux personnes avaient été tuées pendant les actions sur les routes: un jeune de 19 ans, tué jeudi par un tir attribué par les travailleurs à la police, et un homme de 23 ans renversé par une moto vendredi.

La police péruvienne avait déjà été critiquée pour la répression des manifestations à Lima qui avait fait deux morts lorsque le parlement avait destitué le populaire président Martin Vizcarra le 9 novembre.

M. Vizcarra avait été remplacé par Manuel Merino, qui avait dû démissionner cinq jours plus tard sous la pression populaire et avait été remplacé le 17 novembre par Francisco Sagasti, 76 ans.

Dans un message télévisé, M. Sagasti s'est montré satisfait de la résolution du premier conflit social survenu sous son mandat.

"Malheureusement, un secteur des employeurs n’a pas respecté les normes du travail, ce qui a créé des situations injustes et insoutenables pour les travailleurs", a-t-il déclaré, en évoquant des "revendications citoyennes qui n'avaient pas été satisfaites depuis des mois et des années".

Cependant M. Sagasti a fait valoir que l’usage de la force ne pouvait pas être utilisé pour obtenir des droits. "Cela ne doit pas se répéter", a-t-il dit au sujet des blocages routiers.