Les premiers éléments de l'enquête sur le piratage spectaculaire dont a été victime Twitter mercredi pointent vers une taupe et soulèvent de nombreuses questions sur l'intégrité de la présidentielle américaine ou la sécurité du compte de Donald Trump, qui a bien l'intention de rester sur son réseau social de prédilection.

Le compte du président américain -- qui y diffuse sans filtre ses messages à 83,5 millions d'abonnés quotidiennement -- n'a pas été piraté.

Jeudi, la porte-parole de la Maison Blanche, Kayleigh McEnany a affirmé que "le président restera sur Twitter" et assuré que la Maison Blanche ne s'inquiétait pas des vulnérabilités mises à jour mercredi.

"C'est parce que le compte du président avait été supprimé par un contractuel de Twitter il y a plusieurs années, ce qui avait conduit l'entreprise à le protéger tout particulièrement", a avancé sur la chaine CNBC l'ancien responsable de la sécurité de Facebook et aujourd'hui professeur associé à Stanford Alex Stamos, pour expliquer pourquoi le compte présidentiel avait été épargné.

Mais signe de l'enjeu énorme que représente la présidentielle de novembre pour les plateformes, Twitter avait décidé pour la première fois en mai de signaler des publications de M. Trump présentées comme "trompeuses" et avait mis en garde ses abonnés qu'elles violaient les règles du site.

De fait, à un peu plus de trois mois du scrutin, l'influence politique des réseaux sociaux, sujet déjà très débattu aux Etats-Unis, s'impose encore plus comme l'un des thèmes clefs de la campagne.

Parmi les personnalités politiques américaines de premier plan, les comptes du candidat démocrate à la présidentielle Joe Biden, de l'ancien président Barack Obama et de l'ex-maire de New York Michael Bloomberg ont été ciblés par l'attaque de mercredi.

Ce "hacking" de grande ampleur a conduit Josh Hawley, sénateur républicain du Missouri, à adresser une lettre au patron de Twitter Jack Dorsey.

"Je m'inquiète du fait que cet événement ne soit pas simplement une série coordonnée de piratages distincts les uns des autres mais plutôt une attaque réussie contre la sécurité même de Twitter", a écrit le sénateur.

"Une attaque réussie des serveurs de votre système représente une menace pour la vie privée et la sécurité des données de tous vos usagers", a poursuivi M. Hawley, qui a enjoint la plateforme à se tourner vers le ministère de la Justice et le FBI.

Quelques heures avant l'incident de mercredi, le comité de surveillance et de réforme du gouvernement de la Chambre des représentants avait estimé nécessaire la nomination d'un responsable national de la cybersécurité.

- Spectre de 2016 -

Si le modus operandi de ce dernier piratage semble bien particulier, l'intrusion ayant probablement été initiée par un employé de Twitter selon des témoignages et des captures d'écran sur lesquels s'appuie le magazine Vice, il agite le spectre de la campagne présidentielle de 2016, qui avait été entachée de failles majeures dans la sécurité des réseaux sociaux, en particulier Facebook.

Le groupe avait été vertement critiqué pour avoir laissé se propager de massives campagnes de désinformation et ne pas avoir suffisamment protégé la sécurité de ses utilisateurs.

En mars 2018, le scandale Cambridge Analytica ainsi avait éclaté. Cette firme britannique, qui travaillait pour la campagne de Donald Trump, avait détourné les données personnelles de dizaines de millions d'utilisateurs dans le monde.

Le géant californien a depuis multiplié les efforts pour lutter contre les tentatives de manipulation sur ses différentes plateformes, démantelant de nombreuses opérations de désinformation.

Twitter a pour sa part pris des mesures encore plus drastiques ces derniers mois, en interdisant notamment les publicités politiques.

- Diplomatie Twitter -

Signe de leur rôle croissant dans la sphère publique américaine, les réseaux sociaux sont devenus des outils géopolitiques essentiels, notamment en temps de crise.

"Pour les responsables politiques américains, Twitter représente un paradoxe", observent Heather Williams et Alexi Drew, qui viennent de publier un rapport sur le rôle diplomatique de la plateforme pour le Centre for Science and Security Studies du King's College de Londres.

"D'un côté, les tweets des membres du gouvernement peuvent aider à façonner le discours public américain et offrir des perspectives approfondies sur les prises de décision américaines afin de réduire les malentendus chez les acteurs étrangers", écrivent les universitaires.

"Mais de l'autre, les tweets peuvent accroître les malentendus et semer la confusion pendant les crises, créant des incitations pour un adversaire à faire monter les tensions", ajoutent Mmes Williams et Drew, qui recommandent aux dirigeants politiques de s'abstenir de gazouiller en période de crise.

Les frictions nucléaires entre les Etats-Unis et la Corée du Nord ou l'escalade américano-iranienne après l'assassinat en janvier du général iranien Qassem Soleimani offrent des exemples saillants du rôle ambivalent que joue Twitter lors de crises internationales.