La mort à 94 ans de l'ancien président Valéry Giscard d'Estaing des suites du Covid-19 suscite jeudi une pluie d'hommages au "modernisateur" et à l'Européen convaincu, dont le mandat s'est fracassé sur la crise économique.

"VGE", qui présida la France le temps d'un seul mandat, de 1974 à 1981, est décédé mercredi soir "des suites" du Covid-19 après une récente hospitalisation à Tours pour insuffisance cardiaque, entouré des siens dans sa propriété d'Authon dans le Loir-et-Cher.

Son lointain successeur Emmanuel Macron lui rendra hommage dans une allocution télévisée jeudi à 20H00. Dans la nuit, il avait déjà salué la mémoire d'un chef d'Etat dont "le septennat transforma la France".

Incarnation du centre droit et tombeur du gaullisme, M. Giscard d'Estaing a été élu à l'Elysée à l'âge de 48 ans, alors le plus jeune président depuis Casimir Périer.

Conformément aux voeux du défunt président, ses obsèques se dérouleront "dans la plus stricte intimité familiale", selon sa famille. Mais une messe à Paris pourrait être organisée en sa mémoire.

L'ancien président devrait être enterré à Authon auprès de sa plus jeune fille Jacinte, décédée en 2018 d'une longue maladie. M. Giscard d'Estaing et son épouse Anne-Aymone sont aussi parents de Valérie-Anne, Henri et Louis.

Hospitalisé à plusieurs reprises ces derniers mois, l'une des dernières apparitions publiques de "VGE" remonte au 30 septembre 2019, lors des obsèques à Paris de Jacques Chirac, qui fut à la fois son Premier ministre et son successeur indirect à la tête de l'Etat.

- Lettre de Mme Chirac -

Malgré les différends notoires entre les deux hommes, la veuve de Jacques Chirac, Bernadette, a écrit une lettre de condoléances à Anne-Aymone Giscard d'Estaing.

Le secrétaire d'Etat aux Affaires européennes, Jean-Baptiste Lemoyne, en déplacement en Auvergne, a déposé une gerbe à la mi-journée dans le fief historique de VGE à Chamalières, dont le maire actuel est son fils Louis.

L'Allemagne "perd un ami" et "un grand Européen", a réagi la chancelière Angela Merkel, dont le chef de la diplomatie a rappelé l'"influence décisive" de Giscard sur les relations franco-allemandes, grâce à son amitié avec l'ancien chancelier Helmut Schmidt.

Son homologue britannique Boris Johnson a rendu hommage à un "grand modernisateur de la France".

Le président du Sénat, Gérard Larcher, a loué un président d'une "grande intelligence", "moderne et réformateur".

Mais il estime qu'à la différence d'Emmanuel Macron, parfois vu comme son héritier, VGE avait une "vision", notamment européenne.

"Homme libre qui a fait entrer la France dans la modernité" pour le Garde des Sceaux Eric Dupond-Moretti, il est "un modernisateur et un Européen convaincu" pour le président du Conseil constitutionnel Laurent Fabius.

- Incompris -

"Il a fait souffler un grand vent de modernité sur la société française et fait naître un immense espoir de dépassement et de rassemblement", a réagi auprès de l'AFP François Bayrou, qui lui succéda à la tête de son parti UDF.

Les deux anciens présidents encore vivants lui ont également rendu hommage : Nicolas Sarkozy a salué "un homme qui a fait honneur à la France", et François Hollande un président "résolument européen", mais qui n'a "pas toujours été compris".

Né à Coblence (Allemagne) en 1926, Valéry Giscard d'Estaing, pur produit de l'élite française, diplômé de Polytechnique et de l'ENA, s'est imposé dans le paysage politique dès les débuts de la Ve République en occupant différents postes ministériels à partir de 1959.

C'est pourtant en opposition au gaullisme qu'il parvient à conquérir l'Elysée en 1974, en s'imposant d'abord à droite face à Jacques Chaban-Delmas, héritier revendiqué du général de Gaulle, puis en battant sur le fil le candidat socialiste François Mitterrand.

Celui qui ambitionne de réunir "deux Français sur trois" derrière sa politique multiplie les réformes sociétales : abaissement de la majorité à 18 ans, légalisation de l'IVG ou création d'un secrétariat d'Etat à la Condition féminine.

Giscard impose également un style nouveau, qui entend alléger la pompe présidentielle, au risque de nourrir les procès en démagogie lorsqu'il s'invite à dîner chez les Français ou joue de l'accordéon.

- "Au revoir" -

Mais c'est surtout la deuxième moitié de son septennat, plombée par la crise née des chocs pétroliers, et marquée par le soupçon des affaires qui donne du souffle à ses contempteurs.

Le 10 mai 1981, il échoue à se faire réélire face à François Mitterrand, avec qui il tissera au fil du temps une "estime" réciproque, alors que sa "rivalité" avec Chirac restera tenace.

Après son célèbre "au revoir" et la chaise laissée vide lors d'une ultime allocution télévisée, VGE traverse une profonde dépression, avec "la frustration de l'œuvre inachevée".

Il redevient malgré tout l'un des leaders de la droite en dirigeant à nouveau l'UDF.

Mais, certain de la réélection de François Mitterrand, il ne concourt pas à la présidentielle de 1988, ni à la suivante, crédité de 2% des voix. Peu de temps avant sa mort, il se disait pourtant persuadé que, s'il s'était présenté, il aurait gagné contre Balladur et Chirac.

Alors que le giscardisme disparaît peu à peu du paysage politique, l'ancien président poursuit un ultime but : devenir président de l'Europe. En 2001, il prend la tête de la Convention pour l'Europe, chargée de rédiger une constitution européenne, qui sera rejetée par référendum.

Les dirigeants des institutions européennes ont salué un "grand Européen" à qui la construction de l'UE "doit beaucoup".

Sa fin de vie a été ternie par l'ouverture d'une enquête pour agression sexuelle, après la plainte d'une journaliste allemande.