Le Premier ministre socialiste sortant Antonio Costa, arrivé au pouvoir grâce à une alliance inédite avec l'extrême gauche, est le grand favori des législatives qui se déroulent ce dimanche au Portugal, avec à son actif le redressement de l'économie après des années d'austérité.

Si l'ancien maire de Lisbonne est reconduit au pouvoir, le Portugal resterait l'un des rares pays d'Europe où les socialistes ont le vent en poupe. Ce scrutin devrait aussi confirmer l'absence de la droite populiste du paysage politique.

M. Costa, 58 ans, est crédité de 36 à 39% des voix contre 25 à 30% pour le Parti social-démocrate (PSD, centre droit).

Le socialiste ne devrait toutefois pas parvenir à la majorité absolue au sein du Parlement de 230 sièges, ce qui l'obligera à chercher l'appui d'autres formations.

Fin tacticien, il avait réussi à former un gouvernement minoritaire en 2015, malgré sa défaite face à la droite, grâce à l'appui au Parlement du Bloc de gauche (gauche radicale) et des communistes. Un pacte inédit raillé par ses adversaires mais qui lui a permis d'aller au bout de la législature.

Des projections à la sortie des urnes sont attendues à 19H00 GMT.

A la mi-journée, la participation était en baisse à 18,83% contre 20,65% en 2015, selon le ministère de l'Intérieur.

Appelant à la mobilisation des électeurs, M. Costa a martelé que "chaque voix compte" après avoir voté à Lisbonne.

- Forte croissance, déficit en baisse -

Sous son mandat, l'économie portugaise a consolidé spectaculairement sa reprise après la cure de rigueur drastique mise en oeuvre par le précédent gouvernement de droite ayant suivi le sauvetage financier du pays en 2011.

La croissance est au plus haut depuis le début des années 2000, le chômage est revenu à son niveau d'avant-crise et le déficit public devrait être ramené à 0,2% cette année.

Le socialiste a su accélérer la levée des mesures de rigueur tout en profitant de la bonne conjoncture pour continuer à réduire le déficit.

Son meilleur argument électoral même si les Portugais se plaignent toujours des bas salaires, d'une dégradation des services publics et de la hausse des prix de l'immobilier entraînée par l'explosion du tourisme.

"Nous sommes sortis d'une période très difficile (...). C'est sûr qu'on respire mieux maintenant", a témoigné Ana Maria Varela, professeure universitaire de 65 ans, après avoir voté à Lisbonne "pour la gauche".

Abstentionniste, Carlos Pereira, restaurateur de 54 ans, espère lui que le prochain gouvernement mettra "fin à la spéculation immobilière qui est honteuse".

"Avec moi, les Portugais savent qu'il n'y aura ni radicalisme ni retour en arrière", a fait valoir M. Costa vendredi en fin de campagne.

Son adversaire, le chef du PSD Rui Rio, a déjà semblé accepter sa défaite vendredi. "Ce serait agréable de pouvoir dire que je suis presque sûr de gagner, mais ce n'est pas le cas".

- Faux-pas -

L'ancien maire de Porto (nord) est toutefois parvenu à réduire l'écart le séparant de M. Costa en centrant ses attaques sur une rocambolesque affaire de vol d'armes dans une caserne militaire, dans laquelle a été impliqué l'ancien ministre de la Défense.

M. Costa a par ailleurs fait un faux-pas vendredi en perdant son sang-froid face à un électeur critiquant sa gestion des incendies meurtriers de 2017, des images devenues virales.

Les alliés du socialiste depuis 2015, Bloc de Gauche et PC, devraient ensemble récolter environ 17%, soit un score légèrement inférieur à celui de 2015.

Probable surprise du scrutin, le petit parti animaliste PAN pourrait, lui, confirmer sa percée de 2015.

Selon Frederico Santi du cabinet Eurasia Group, "l'issue la plus probable est un gouvernement minoritaire du PS avec le soutien des partis de la gauche radicale ou, hypothèse moins vraisemblable, avec celui du PAN".

Mais il sera "plus difficile" pour M. Costa "de faire des concessions à sa gauche dans une conjoncture économique qui s'annonce moins favorable", a mis en garde le politologue Antonio Costa Pinto.