"Je ne comprends pas pourquoi certains n'ont pas de masque", s'interroge Bayda Saffo dans les gradins du stade accueillant la messe papale à Erbil, dans le nord de l'Irak, en pleine deuxième vague de Covid-19.

Les organisateurs ont bien limité les places dans le stade Franso Hariri. Seuls quelques milliers des 20.000 sièges ont été attribués et les chaises installées sur la pelouse pour les officiels sont espacées.

Mais les craintes restent grandes que la plus grande messe du pape François en Irak, bien que tenue en plein air, ne se transforme en foyer de contamination.

Une menace sérieuse dans un pays qui n'a jusqu'ici reçu que 50.000 doses de vaccin, réservées aux soignants, et dont les frontières sont très poreuses avec l'Iran, pays le plus touché du Moyen-Orient par la pandémie.

"Nous avons un jeune cousin qui est mort du Covid-19, c'est un vrai danger", affirme à l'AFP Mme Saffo, professeure d'université de 54 ans, derrière deux masques, une visière transparente qui lui couvre tout le visage et des gants en caoutchouc.

A côté de cette catholique de Mossoul - l'ancienne "capitale" du groupe Etat islamique en Irak - toujours déplacée au Kurdistan irakien, sa fille adolescente est tout aussi bien protégée.

Mais partout autour, certains des fidèles n'ont pas de masque ou l'ont glissé sous leur menton. Et surtout, les familles se resserrent sur les sièges jaunes, sans se soucier des gestes barrières.

En attendant le pape, des dizaines de pèlerins en liesse ont dansé, joué des percussions et défilé en grappes, sans masque pour mieux faire porter leur voix.

Parmi la foule, casquettes blanches à l'effigie du pape sur la tête et drapeaux jaunes et blancs du Vatican en main, de nombreux hommes arborent d'imposantes moustaches à l'air et des femmes ont leur visage uniquement barré de lunettes de soleil.

- Le Covid ? "Déjà eu !" -

"On a déjà eu le Covid-19 il y a quelques mois", balaie d'un revers de main un jeune couple démasqué.

Pourtant, les Irakiens voient chaque jour les chiffres s'afficher: ce mois-ci, le nombre quotidien des contaminations a atteint un record, le pays ayant comptabilisé jusqu'à près de 5.200 nouveaux malades par jour.

Au total, 726.548 Irakiens ont été infectés, dont 13.572 d'entre eux sont morts, du nouveau coronavirus selon les données officielles. Un confinement a même été imposé tout le temps de la visite papale et pourra être prolongé, ont prévenu les autorités.

Mais les Irakiens répètent à l'envi que le pays - dont la population est l'une des plus jeunes au monde - a déjà connu des rassemblements religieux bien plus importants, sans aucun impact sur la courbe des infections. En octobre, 14,5 millions de pèlerins musulmans s'étaient rassemblés dans la ville sainte chiite de Kerbala, dans le sud, pour le deuil de l'Arbaïn.

En arrivant triomphalement en papamobile, le pape s'est malgré tout retenu d'en descendre, comme il a pu le faire par le passé pour bénir un enfant.

Et tous les prêtres et prélats qui ont célébré la messe à ses côtés étaient, comme lui, masqués. Lors de la communion à Bagdad, déjà, ils avaient veillé à désinfecter les mains des fidèles avant de leur tendre une hostie.

Malgré la distance - dont le souverain pontife friand des bains de foule est sûrement le plus attristé -, cette visite est "un grand rêve qui se réalise" pour Mariam Qoutaïmi, 15 ans.

"Le pape va nous aider à nous rapprocher de Dieu", affirme à l'AFP cette catholique irakienne qui a fui Mossoul en 2014 et vit désormais à Erbil.