Pour leur manifestation de rentrée après une longue pause, les "gilets jaunes" n'ont pas réussi, en pleine épidémie de coronavirus, à mobiliser samedi et les maigres cortèges ont été émaillés de heurts.

Dans le nord-ouest de la capitale, proche de la place Wagram, lieu de rassemblement, des affrontements ont éclaté tout au long de l'après-midi entre manifestants et forces de l'ordre.

Des poubelles ont été incendiées, le mobilier urbain renversé et une voiture brûlée, a constaté un journaliste de l'AFP. De leur côté, les forces de l'ordre ont tiré des grenades lacrymogènes pour disperser les manifestants sortis du parcours autorisé par la préfecture.

A 15H45, 222 personnes avaient été interpellées et selon le parquet de Paris, 86 personnes étaient en garde à vue en milieu d'après-midi.

"Le mouvement est mort, je le dis clairement, mais on est là car rien à perdre. C'est un peu un baroud d'honneur", a confié Michael, "gilet jaune" parisien de 43 ans.

Dans les rangs clairsemés, reviennent dans les conversations, la déception de la faible participation du jour et l'évocation nostalgique des souvenirs des grandes manifestations passées.

"Pouvoir remplir son frigo dignement", "Demain le ciel sera jaune", clament les pancartes du second cortège. Partis dans le calme depuis la place de la Bourse, les manifestants - quelques centaines - doivent rallier la porte de Champerret.

"Ça fait du bien d'être ensemble même si ça manque de monde, on se demande pourquoi les gens ne sont pas sensibilisés", regrette Michael, agent de la fonction publique, 50 ans, qui préfère garder l'anonymat.

Il évoque pêle-mêle parmi ses motivations: "la casse sociale et économique", "nos libertés fondamentales de plus en plus atteintes", avant d'ajouter "et on nous masque toute cette offensive contre nos droits avec un pseudo feuilleton du Covid".

C'est ce cortège que Jean-Marie Bigard a tenté de rallier autour de 10H00 avant de devoir fuir sous les huées des manifestants. Ce soutien médiatique des "gilets jaunes" s'est désolidarisé cette semaine d'une des figures du mouvement, Jérôme Rodrigues, qui avait assimilé les policiers à "une bande de nazis".

Chahuté, insulté, l'humoriste s'est réfugié un moment dans un restaurant de la place expliquant qu'il s'agissait d'une "mauvaise interprétation". "Pendant un moment, les gens ont cru que je les lâchais ce qui est faux, c'est tout", a-t-il expliqué à la presse.

Né il y a presque deux ans, le 17 novembre 2018, le mouvement citoyen des "gilets jaunes", anti-élites et qui lutte pour davantage de justice fiscale et sociale, cherche son second souffle. Il avait réussi la première année à secouer la France, entre occupations de ronds-points et manifestations parfois violentes, dont les images ont fait le tour du monde.

- "Rien n'a changé" -

Sur les Champs-Elysées, où deux manifestations ont été interdites par la préfecture de police, un important dispositif policier était déployé et de nombreux commerçants ont barricadé leurs vitrines.

"Il ne peut pas y avoir de destructions, de chaos sur les Champs-Elysées", avait prévenu le préfet de police Didier Lallement lors d'un point presse en haut de l'avenue en tout début de matinée.

Ce dernier avait par ailleurs confirmé la présence, dès ce samedi, d'un "superviseur" pour chaque porteur de LBD afin d'aider "à la maîtrise et au bon usage" de cette arme, et le retrait des anciennes grenades à main de désencerclement (GMD) remplacées par un nouveau modèle, réputé moins dangereux, conformément aux annonces du ministre de l'Intérieur Gérald Darmanin vendredi.

Dans le centre de Toulouse, plusieurs centaines de "gilets jaunes" étaient au rendez-vous malgré l'interdiction de manifester pour raison sanitaire. Les forces de l'ordre ont fait usage de gaz lacrymogène, tout comme à Lyon où la manifestation était aussi interdite.

A Colmar, entre 100 et 150 "gilets jaunes" ont posé à l'aide d'une échelle un grand masque jaune sur le visage de la Statue de la liberté, une réplique installée sur un rond-point à l'entrée de la ville.

Habitant de Pau, "Dodo", 53 ans, a fait le déplacement jusqu'à Toulouse: "Je n'étais pas +gilet jaune+ au départ mais les choses ne font qu'empirer pour les gens en situation de pauvreté. Rien n'a changé après deux ans de lutte".