Les Israéliens votent mardi dans le quatrième épisode en deux ans d'une saga électorale portant sur l'avenir politique du Premier ministre Benjamin Netanyahu, à la fois jugé pour "corruption" et architecte d'une intense campagne de vaccination anti-Covid.

A la mi-journée (10H00 GMT), plus de 25% des 6,5 millions d'électeurs avaient déposé leur bulletin dans l'urne selon la commission électorale qui maintiendra les bureaux de vote ouverts jusqu'à 22H00 (20H00 GMT) dans les grandes villes.

Puis, les premiers sondages à la sortie des urnes et les déclarations des protagonistes prendront le relais de la nuit.

Pour ou contre "Bibi" ?, surnom de M. Netanyahu. Telle reste la question d'un feuilleton qui n'en finit pas. Mais, pour ce quatrième épisode, les acteurs ont changé, le rôle de principal rival de M. Netanyahu, attribué lors des trois dernières élections au général Benny Gantz, étant désormais dévolu à Yaïr Lapid, chef du parti centriste Yesh Atid.

"C'est le moment de vérité (...) soit Yesh Atid est fort soit nous avons un gouvernement des ténèbres, raciste et homophobe", a déclaré M. Lapid, après avoir voté à Tel-Aviv, appelant les électeurs à rejeter le Likoud (droite) du Premier ministre Netanyahu.

Dans leur quête du Graal -- une majorité de 61 députés sur les 120 du Parlement pour former un gouvernement--, Yaïr Lapid table sur une entente avec des partis de gauche, du centre, mais aussi de droite déçus par le Premier ministre, tandis que Benjamin Netanyahu compte faire alliance avec les formations religieuses et, fait nouveau, avec l'extrême droite.

- Laboratoire du monde -

"J'espère que c'est la dernière élection" afin de pouvoir mettre un terme à la crise politique en Israël, a lancé M. Netanyahu en votant.

M. Netanyahu, 71 ans, avait en quelque sorte lancé sa campagne électorale par un accord avec le géant pharmaceutique Pfizer permettant à Israël d'obtenir rapidement, dès la fin décembre, des millions de doses de vaccins anti-Covid en échange de données biomédicales sur les effets de la vaccination.

Dans les dernières semaines, le pays a mené une des plus intenses campagnes de vaccination au monde, inoculant deux doses de vaccins à près de 50% de la population, soit plus des deux tiers des électeurs.

Malgré le déconfinement récent --réouverture des bars, des restaurants, cafés-- des bureaux de vote spéciaux sont amenagés pour les personnes en quarantaine ou infectées.

"On ne change pas un cheval qui gagne. Netanyahu a réussi à vaincre le corona et à faire d'Israël le premier pays du monde à sortir de la crise sanitaire (...) Et il est le seul qui peut assurer la stabilité économique du pays après le corona", estime mardi Asher Lévy, un chef d'entreprise de 57 ans.

Outre Yaïr Lapid, les rôles de principaux rivaux de Benjamin Netanyahu reviennent cette fois au frondeur Gideon Saar et au ténor de la droite radicale Naftali Bennett.

Les derniers sondages créditent le Likoud de la première place avec environ 30 sièges (sur 120), suivi d'une vingtaine pour les troupes de M. Lapid, de près d'une dizaine chacun pour les partis de MM. Saar et Bennett. Suit ensuite une noria de formations (arabes, ultra-orthodoxe, gauche, nationalistes laïcs) dont les performances pourraient un avoir un impact sur la capacité des deux grands camps à former un gouvernement.

- "Bye Bye Bibi"? -

Malgré la vaccination et la réouverture des commerces, les partis n'ont pu tenir de grands meetings et la campagne s'est principalement jouée sur les réseaux sociaux, chaque formation tentant de convaincre sa base de vaincre la "fatigue électorale", après trois scrutins.

Si le Premier ministre joue sur la vaccination, l'opposition fait ses choux gras du procès de M. Netanyahu pour "corruption", "malversation" et "abus de pouvoir", débuté il y a quelques mois et qui alimente des manifestations chaque samedi à travers le pays, depuis 39 semaines.

Samedi soir, des milliers des manifestants à Jérusalem ont encore crié "Yalla dégage Bibi", ou "Bye Bye Bibi".

"Nous voulons du changement, du changement et encore du changement (...) mais il faut reconnaître que Benjamin Netanyahu a une solide base électorale", souligne Michael, âgé de plus de 70 ans et venu voter à Jérusalem avec son épouse.

Après l'annonce des premiers résultats, les regards pourraient se tourner vers le chef du parti de droite radicale Yamina, Naftali Bennett, considéré comme le "faiseur de roi" de cette élection car n'ayant pas dit clairement s'il allait rejoindre un potentiel gouvernement anti ou pro-Netanyahu, personnalité dont il partage l'idéologie mais critique la gestion.

"J'espère seulement que nous aurons enfin un gouvernement qui sera au service de la population", a-t-il lancé mardi, suggérant ainsi vouloir éviter un cinquième épisode à ce feuilleton électoral.