Une deuxième vague d'écoliers reprend jeudi le chemin de l'école, notamment en Ile-de-France, région très touchée par l'épidémie de coronavirus, au quatrième jour de déconfinement dans le pays, où l'activité reprend timidement.

"Je suis plus stressée que contente de retrouver mes copines mais je vais respecter les gestes", explique Oulémata, neuf ans, aux côtés de sa sœur, devant l'école élémentaire Françoise Dorleac dans le nord de Paris. Leur père, Mamatou Coulibaly, électricien, a préféré les remettre à l'école "même si l'ambiance est stressante".

Au même moment, la directrice explique à un élève qu'il faudra bien respecter les règles: "je sais que tu en es capable, sinon tu seras renvoyé".

"Au début à la maison c'était bien mais c'est vite devenu déprimant... Le grand est content de reprendre", confie Rachida Abbou, habitante de la Courneuve (Seine-Saint-Denis), dont le fils Younès est équipé d'un masque en tissu bleu marine. Dans l'établissement, 17 enfants étaient en classe jeudi matin, après un passage obligé de prise de température.

Partout, la rentrée se fait par petits groupes, comme pour la première vague mardi, suivant un protocole sanitaire très strict: lavages de mains réguliers, récréations très encadrées, sens de circulation dans les couloirs.

Des mesures destinées à éviter toute nouvelle flambée de l'épidémie, qui a fait plus de 27.000 morts en France selon le bilan officiel publié mercredi soir.

D'ici vendredi, quelque 1,5 million d'écoliers auront retrouvé les bancs de l'école. Les premiers collégiens des zones vertes leur emboîteront le pas lundi.

A Paris, 28.000 écoliers retournent en classe d'ici à la fin de semaine prochaine, soit près d'un sur quatre, selon le rectorat. Seront accueillis dans 92% des écoles des enfants jugés prioritaires et dont les parents le souhaitent.

"Les enseignants sont inquiets, les parents aussi en raison du niveau de l'épidémie à Paris", explique Elisabeth Kutas, secrétaire départementale du SNUipp-FSU 75, premier syndicat du primaire.

"L'école qu'on va faire là n'est pas l'école telle qu'on la connaît", souligne-t-elle, mais "pour des enfants qui sont dans une situation très difficile ça peut permettre une bouffée d'air".

Le risque est grand néanmoins que nombre d'enfants en difficulté scolaire ne retournent pas en classe, à l'instar du fils de Soumia à Pavillons-sous-Bois (Seine-Saint-Denis). "Mon fils redoublera, tant pis, la santé d'abord!", fait-elle valoir. Un cas qui n'est pas isolé dans les quartiers populaires, constatent élus et enseignants.

- 27.000 morts -

Autre lieu source d'inquiétudes, les transports en commun. Pendant la période de déconfinement, seuls 37% de leurs utilisateurs sont sûrs de les reprendre, selon un sondage CSA publié jeudi. Plus de la moitié (54%) de ceux qui les empruntent toujours le font la peur au ventre.

Mais progressivement l'étau se desserre dans l'Hexagone où 400.000 commerces et des plages ont rouvert mercredi et s'"il est trop tôt pour crier victoire", "la voie suivie était la bonne", estime le président Emmanuel Macron.

La pression sur le système hospitalier continue de s'alléger (moins de 2.500 patients en réanimation pour la première fois depuis le 24 mars) mais un nouveau palier a été franchi avec au moins 27.074 personnes décédées depuis le 1er mars et 98 nouveaux décès annoncés mercredi.

L'attention de l'exécutif se tourne désormais vers la fin mai et les vacances à venir car, en fonction de l'évolution de l'épidémie, le déconfinement pourrait franchir une nouvelle étape le 2 juin après le week-end de la Pentecôte.

Et alors que la crainte d'une deuxième vague est dans toutes les têtes, la question des vaccins est déjà l'origine d'une polémique après l'annonce par Sanofi de son intention de servir les Etats-Unis en premier puisque le pays "partage le risque" des recherches menées à travers un partenariat.

Des déclarations jugées "inacceptable" par la secrétaire d'Etat à l'Economie, Agnès Pannier-Runacher jeudi.

- Plan Marshall pour le tourisme -

Le gouvernement, réuni en comité interministériel à Matignon, doit se porter jeudi matin au secours du tourisme, "priorité nationale": Un "plan Marshall" de près d'1,5 milliard d'euros est promis pour aider ce secteur, qui représente 7,2% du PIB et emploie environ 2 millions de personnes.

Le tourisme a été évidemment frappé de plein fouet par les deux mois de confinement et l'approche de l'été rend d'autant plus indispensable un ballon d'oxygène financier et l'établissement rapide de perspectives, alors que les sites rouvrent très timidement, à l'image du Mont-Saint-Michel ou du Sanctuaire de Lourdes cette semaine.

Quelques premières plages sont de nouveau accessibles et d'autres pourraient rouvrir dès ce week-end pour des promenades ou du sport, selon plusieurs préfets.