Le président russe Vladimir Poutine a ouvert mardi la voie à son maintien à la présidence après la fin de son actuel mandat, dans le cadre d'une vaste révision constitutionnelle adoptée par les députés.

Répondant à la chambre basse du Parlement à la proposition d'une députée, l'homme fort de la Russie s'est dit favorable à l'idée de "réinitialiser" le nombre de ses mandats présidentiels à l'occasion de la réforme de la loi fondamentale, pour lui permettre de participer aux élections de 2024.

Il a assuré vouloir que la Cour constitutionnelle autorise d'abord la modification et que les Russes l'approuvent lors du "vote populaire" sur la refonte de la Constitution prévu le 22 avril.

Selon la Constitution actuellement en vigueur, Vladimir Poutine n'a pas le droit de se représenter en 2024, le texte imposant une limite de deux mandats consécutifs. Ce n'est qu'en laissant en 2008-2012 la présidence à Dmitri Medvedev, lui-même étant alors Premier ministre, qu'il aura pu effectuer deux fois deux mandats consécutifs depuis son accession au Kremlin en 2000.

Un "pouvoir présidentiel fort est absolument nécessaire à la Russie", a déclaré mardi M. Poutine, 67 ans, jugeant que la "stabilité (...) devait être prioritaire".

Pour lui, la Russie a besoin de "changement par l'évolution" car elle a vécu dans son histoire "assez de révolutions".

Si la Cour constitutionnelle donne son aval, ce qui semble probable, Vladimir Poutine, qui fête ses 20 ans aux commandes de la Russie, pourrait en théorie rester deux mandats supplémentaires, soit jusqu'en 2036.

Les députés de la Douma ont dans la foulée adopté cet amendement ainsi que tous les autres proposés par le chef de l'Etat depuis janvier. Un total de 382 ont voté pour, 44 se sont abstenus et aucun n'a voté contre.

Une dernière lecture aura lieu mercredi à la Douma, chambre basse, avant un vote le même jour des sénateurs du Conseil de la Fédération.

Vladimir Poutine avait pris tout le monde de court en janvier en annonçant qu'il voulait lancer une révision constitutionnelle, la première depuis l'adoption de la Constitution russe en 1993.

Cette annonce avait immédiatement été considérée par les analystes comme une manière de préparer l'après-2024.

Les révisions, adoptées en première lecture à l'unanimité par les députés au début de l'année, concernaient à la fois le système politique et des garanties socio-économiques.

Elles renforcent le pouvoir présidentiel, notamment en matière de nomination des juges.

- Pérenniser le système -

Vladimir Poutine a ensuite soumis 24 pages supplémentaires d'amendements adoptées mardi notamment pour défendre les valeurs conservatrices qu'il porte.

La Constitution se dote ainsi de la mention de "la foi en Dieu" des Russes ainsi que du principe d'un mariage possible uniquement entre un homme et une femme.

En outre, si avec la réforme constitutionnelle le Parlement se voit accorder le choix du Premier ministre, le président pourra toujours limoger le chef du gouvernement à sa guise, et tout membre du cabinet.

Autre innovation: les juges, les élus et les responsables politiques au niveau fédéral auront l'interdiction de posséder une nationalité étrangère ou un permis de séjour dans un autre pays.

L'opposition, et notamment sa figure de proue Alexeï Navalny, a vigoureusement dénoncé cette réforme, affirmant que le président voulait rester au pouvoir indéfiniment.

"Poutine est au pouvoir depuis 20 ans, mais il pourra aller (à l'élection) comme si c'était la première fois", a dénoncé sur Twitter M. Navalny dans la foulée du vote des députés.

Vladimir Poutine a répété plusieurs fois dans le passé qu'un dirigeant qui ferait tout pour garder ses pouvoirs risquerait de "détruire" le pays, assurant ne pas vouloir suivre cette voie.

Confronté à une chute du niveau de vie et après une impopulaire réforme des retraites, M. Poutine a aussi décidé d'inscrire dans la Constitution le principe d'un salaire minimum garanti et d'une indexation des pensions de retraite.

Pour les analystes, ces décisions sont surtout destinées à convaincre les Russes de prendre part au "vote populaire" alors que, selon un récent sondage de l'institut indépendant Levada, 64% d'entre eux n'ont pas d'idée claire de ce que les amendements constitutionnels proposent.