Présidentielle au Guatemala : des électeurs désabusés au compte-gouttes à l'ouverture du scrutin

Publié le à Guatemala (AFP)

Les électeurs guatémaltèques n'ont commencé à se présenter qu'au compte-gouttes dimanche matin dans les bureaux de vote pour élire leur prochain chef de l'Etat, a constaté l'AFP.

Plus de huit millions d'électeurs doivent départager la sociale-démocrate Sandra Torres et le conservateur Alejandro Giammattei pour succéder en janvier 2020 au président Jimmy Morales, dont le mandat a été entaché de scandales.

A Sumpango, une petite ville dont la majeure partie de la population est maya, à une quarantaine de kilomètres à l'ouest de la capitale, les quatre responsables d'un des bureaux de vote ont fait une rapide prière au tout début du deuxième tour de l'élection présidentielle à 7H00. Ils ont cependant dû attendre une bonne heure avant de voir arriver une première électrice, en costume traditionnel, comme la plupart des femmes de la localité.

Les électeurs ont beau être désabusés, ils ont toujours l'espoir que le prochain chef de l'Etat aura enfin à coeur de lutter contre les trois plaies de leur pays : la corruption, la violence criminelle et la misère.

"Nous voulons un président pour de vrai... Qu'il tienne ses promesses", a déclaré à l'AFP Marta Lidia Subuyuj, une paysanne de 43 ans.

Même si l'affluence a été tardive, la participation au scrutin devrait être d'environ 70%, selon un dernier sondage publié jeudi par le quotidien Prensa Libre. Le même sondage donnait au médecin de droite Alejandro Giammattei une large avance dans les intentions de vote.

L'enthousiasme n'était pas au rendez-vous pour les électeurs rencontrés par l'AFP : Il est vrai que les deux finalistes sont des vieux routiers de la politique du Guatemala et sont loin de pouvoir combler les aspirations au changement. Sandra Torres en est à sa troisième tentative et Alejandro Giammattei brigue pour la quatrième fois un mandat présidentiel.

"La seule chose que j'espère, c'est que le président ou la présidente, en s'asseyant (dans le fauteuil du chef de l'Etat), n'oubliera pas les gens : quand (les politiques) sont en campagne, ils viennent vers nous, et après ils nous oublient", s'indiqne Maria Raxon, une mère de famille âgée de 30 ans.

Les Guatémaltèques ont aussi été échaudés par le président sortant Jimmy Morales : ils pensaient renouveler la classe politique en élisant en 2015 cet humoriste de la télévision sans aucune expérience du pouvoir... Las, le bateleur finit son unique mandat de quatre ans sous le coup d'une enquête pour financement illégal de campagne électorale.

"Je n'ai pas confiance dans les politiques car il y a quatre ans les gens ont voulu quelque chose de différent avec Jimmy Morales et ça a été pire", se désole Kimberly Sal, une institutrice de 19 ans ans qui est pourtant allée dimanche glisser son bulletin dans l'urne.

- Pacte migratoire humiliant -

La corruption qui gangrène le Guatemala et le pacte migratoire humiliant imposé par Donald Trump ont dominé la campagne électorale en vue du second tour.

Les deux candidats assurent qu'ils lutteront contre la corruption. Cette volonté affirmée se heurte cependant au scepticisme de leurs opposants et des analystes, d'autant que Mme Torres et M. Giammattei ont annoncé vouloir se passer de l'aide de la CICIG, la mission anticorruption de l'ONU, déclarée indésirable pour avoir mis en accusation le président sortant.

A la préoccupation lancinante du combat contre la corruption, est récemment venue s'ajouter l'humiliation d'un pacte migratoire arraché par Donald Trump.

Malgré le tollé soulevé au Guatemala par cet accord aux termes flous et conclu dans l'opacité, les deux candidats se sont montrés jusqu'ici d'une grande prudence dans leurs commentaires et quant à leurs intentions.

Selon la Maison Blanche, cet Etat est dorénavant considéré comme un "pays tiers sûr" auprès duquel les demandeurs d'asile devront effectuer leurs premières démarches.

Pour nombre de responsables d'ONG, le Guatemala ne peut recevoir les migrants en route pour les Etats-Unis alors qu'il n'arrive même pas à subvenir aux besoins de sa propre population.

En effet, 60% des 17,7 millions d'habitants vivent sous le seuil de pauvreté.

Ce pays du "triangle nord" de l'Amérique centrale fournit lui-même, avec le Honduras et le Salvador voisins, un des plus gros contingents de candidats au "rêve américain" et qui se jettent sur les routes pour fuir la misère et la violence des gangs.

"Comme il n'y a pas de travail au Guatemala, beaucoup de gens veulent partir (aux Etats-Unis), et c'est parfois désespérant et triste de voir ce qui se passe, de voir nos frères guatémaltèques mourir ou être assassinés parce qu'ils cherchent une vie meilleure afin d'aider leur famille", se lamente Emilio Canel, un paysan de 26 ans.

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