Le parti au pouvoir en Côte d'Ivoire a mis en garde dimanche l'opposition, qui ne reconnaît pas l'élection présidentielle, contre toute "tentative de déstabilisation", tandis que les premiers résultats donnent sans surprise une avance écrasante au président sortant Alassane Ouattara, en quête d'un troisième mandat controversé.

"Le RHDP met en garde M. Affi N'Guessan (le porte-parole de l'opposition) et consorts contre toute tentative de déstabilisation", a déclaré le directeur exécutif du Rassemblement des houphouëtistes pour la démocratie et la paix, Adama Bictogo.

Dans une déclaration commune lue par l'ancien Premier ministre et candidat inscrit à l'élection Pascal Affi N'Guessan, l'opposition, qui a boycotté le scrutin samedi, a appelé dimanche à une "transition civile" pour une nouvelle présidentielle "juste" et "à la mobilisation générale des Ivoiriens pour faire barrage à la dictature et à la forfaiture du président sortant".

M. Bictogo a aussi accusé nommément plusieurs responsables de l'opposition d'avoir armé des jeunes et d'être les "commanditaires" des violences qui ont émaillé le scrutin samedi, faisant au moins deux morts.

Adama Bictogo s'est toutefois abstenu de citer l'ex-président Henri Konan Bédié, leader de l'opposition - il est le chef de son principal mouvement, le Parti démocratique de Côte d'Ivoire (PDCI) -, toujours populaire chez les Baoulés, une des principales ethnies du pays.

Protégée par un important dispositif policier, la Commission électorale a commencé dimanche à égrener des résultats partiels de l'élection en direct à la télévision.

Sans réel adversaire en raison du boycott de l'opposition, le président Ouattara devrait s'imposer par un score écrasant, notamment dans le nord du pays qui lui est traditionnellement acquis. Ainsi, selon ces premiers résultats, M. Ouattara a obtenu 98% des voix à Korhogo, la capitale du Nord, avec 88% de participation.

Le résultat final devrait être annoncé lundi soir, les opérations de décompte ayant pris du retard.

Outre Alassane Ouattara, seul le candidat indépendant Kouadio Konan Bertin, crédité de moins de 4% des voix en 2015, a fait campagne, les deux autres candidats inscrits, MM. Affi N'Guessan et Bédié, ayant prôné le boycott.

- Plusieurs morts -

Le bilan exact des violences qui ont été nombreuses dans la moitié sud du pays était difficile à établir, mais l'opposition comme le pouvoir ont évoqué des "morts".

Au moins cinq personnes ont perdu la vie samedi, selon des sources locales interrogées par l'AFP.

Selon des sources concordantes dont deux médicales, au moins trois personnes sont mortes à Téhiri, un village situé près de Gagnoa (270 km au nord-ouest d'Abidjan), fief de l'ancien président Laurent Gbagbo, lors d'affrontements entre ethnies locales et Dioulas originaires du Nord, réputés pro-Ouattara.

De source sécuritaire, il y a aussi eu au moins deux morts, "un à Oumé (260 km au nord-ouest d'Abidjan, près de Gagnoa aussi) et au moins un à Tiebissou (centre)" samedi. Le maire de Tiebissou, Germain N'Dri Koffi, a quant à lui fait état d'un bilan de "quatre morts et 27 blessés" dans sa commune.

Selon le Programme Indigo, une ONG qui avait déployé des observateurs dans tout le pays, "23% des bureaux de vote sont restés fermés toute la journée".

"Un nombre important de villes et de villages ont été le théâtre de confrontations violentes, entre populations d’une part et entre populations et forces de l’ordre d’autre part. Ce basculement de la violence sur le terrain communautaire reste sans conteste l’un des principaux facteurs à considérer", a estimé Arsène Konan, coordinateur du programme.

Quelque 35.000 membres des forces de l'ordre avaient été déployés dans le pays.

Avant le scrutin, une trentaine de personnes étaient mortes dans des violences depuis l'annonce en août de la candidature du président Ouattara à un troisième mandat, que l'opposition juge "anticonstitutionnel".

La tension en Côte d'Ivoire, premier producteur mondial de cacao, fait craindre une nouvelle crise dans une région éprouvée par des attaques jihadistes au Sahel, un putsch au Mali, une élection contestée en Guinée et une contestation politique chez le géant voisin nigérian.

"Le grand défi de l'après-élection pour le parti au pouvoir va être de recréer un dialogue avec l'opposition, sinon les tensions seront récurrentes", a estimé Rodrigue Koné, analyste politique.

Des milliers d'Ivoiriens avaient quitté les grandes villes pour "aller au village", anticipant des troubles, dix ans après la crise qui avait suivi la présidentielle de 2010, faisant 3.000 morts, à la suite du refus du président Laurent Gbagbo, qui était au pouvoir depuis 2000, de reconnaître sa défaite face à M. Ouattara.