Portant la casquette rouge emblème de la campagne de Donald Trump, Jim Dierks tend la main au jeune candidat démocrate à la Maison Blanche Pete Buttigieg, qui s'arrête pour échanger quelques mots.

Le retraité voulait lui "tendre la main (...), voir s'il allait le faire. Jusqu'à maintenant tous les autres candidats ont refusé", confie-t-il à l'AFP.

Leurs mots se sont perdus dans la fin d'une rencontre avec quelque 300 habitants de Clinton, une petite bourgade de l'Iowa dressée sur une rive du Mississippi gelée en cette fin janvier. Mais le républicain Jim Dierks, 71 ans, s'est dit "impressionné" par Pete Buttigieg.

Polyglotte, diplômé de grandes universités, cet ex-maire et candidat modéré cherche justement à faire passer un message clair avant le premier vote de la primaire démocrate, organisé lundi dans l'Iowa:

"Se rendre dans tous les coins, parler à tout le monde, ce n'est pas juste pour remporter l'Iowa mais aussi pour envoyer un message puissant à tous les démocrates: Pete est notre meilleure chance de gagner la présidentielle, de battre Trump et de laisser le Trumpisme dans les poubelles de l'histoire", explique-t-on dans son équipe de campagne.

Se présentant en rassembleur lors de petites rencontres qu'il multiplie à travers les vastes plaines enneigées de l'Iowa, Pete Buttigieg cible particulièrement les régions qui, comme ici à Clinton, avaient basculé en faveur de Donald trump en 2016 après avoir élu Barack Obama.

Après avoir grimpé au sommet, il est retombé en troisième place des sondages dans l'Iowa, derrière l'autre modéré Joe Biden et le grand favori, bien plus à gauche, Bernie Sanders.

Pete Buttigieg n'est pas le seul à lancer ce message.

Le sénateur indépendant Sanders affirme que son programme résonne dans les bastions industriels et ruraux.

L'ancien vice-président Joe Biden se présente lui aussi en rassembleur qui plaît aux ouvriers blancs aussi bien qu'aux Noirs. De quoi reformer la grande "coalition" qui avait porté Barack Obama à la Maison Blanche.

Et la sénatrice progressiste Elizabeth Warren, quatrième dans l'Iowa, affirme vouloir créer un "mouvement avec des démocrates, des indépendants et des républicains, unis dans notre conviction que nous pouvons nettoyer la corruption à Washington et générer une économie avec une plus forte croissance, plus d'opportunités et plus de libertés".

Mais, assure son équipe de campagne, c'est Pete Buttigieg qui, dans l'Iowa, "attire le plus de monde dans les petites villes qui sont passées de Obama à Trump".

- "Au lieu de se battre" -

Electeurs indépendants vivant à Clinton, Barbara, 75 ans, et Vern Larson, 85 ans, ont décidé cette fois de se déclarer démocrates pour voter pour Pete Buttigieg lundi soir.

Pour eux, il est "très important" de savoir travailler au-delà des divisions partisanes, contrairement aux profondes divisions du moment.

A quelque 200 kilomètres de là, Ray Atkins, policier retraité et ancien de la Marine, regrette amèrement d'avoir voté pour Donald Trump en 2016.

"C'est la plus grande déception de ma carrière d'électeur", confie-t-il à l'AFP.

"Après trois ans passés à le voir mentir, à le voir se bagarrer au lieu de travailler alors qu'on l'avait choisi pour faire cela, j'en ai juste eu marre de ses bouffonneries".

Il a découvert Pete Buttigieg lors des débats télévisés entre démocrates. Il apprécie son "éloquence, son intelligence", ainsi que le fait que le jeune candidat soit, comme lui, un ancien de l'armée.

Surtout, "il respecte tout le monde mais il sait aussi comment accomplir les choses. Je suis persuadé qu'il travaillera aussi bien avec des démocrates que des républicains pour avancer, au lieu de se battre avec tout le monde".