Une armée de bénévoles sur le terrain, c'est l'élément indispensable à toute campagne électorale victorieuse aux Etats-Unis. Le milliardaire Michael Bloomberg, candidat aux primaires démocrates, a fait émerger la sienne d'une façon toute particulière: grâce aux millions investis depuis des années dans ses actions philanthropiques.

Santé, éducation, environnement, lutte contre les armes à feu... L'ancien maire de New York, neuvième homme le plus riche du monde, a depuis longtemps mis sa fortune au service de ces causes, finançant des organisations dont les membres sont aujourd'hui prêts à aider en retour leur bienfaiteur.

Parmi ces convaincus, de nombreuses militantes de "Moms Demand Action" ("les mamans exigent des actes"), un mouvement de lutte contre les violences par armes à feu fondé après une tuerie dans une école primaire du Connecticut, en 2012. Elles sont la cheville ouvrière de l'organisation de lobbying "Everytown for Gun Safety", fondée --et en grande partie financée-- par Michael Bloomberg. Poids revendiqué: 6 millions de membres à travers le pays.

"Il y a beaucoup de Moms qui sont bénévoles pour Bloomberg car (...) il a soutenu la prévention contre la violence par armes à feu avant que ça soit à la mode", explique Ruth Hoffman, venue écouter samedi le candidat lors d'un meeting à McLean, en Virginie. "Et il est resté engagé pour cette cause. Je pense que ça dit beaucoup sur lui", salue-t-elle.

- "Expérience de terrain" -

L'homme d'affaires se prépare à entrer dans la course démocrate mardi, lorsque 14 Etats voteront pour désigner l'adversaire de Donald Trump en novembre. N'ayant pas participé aux quatre premiers scrutins des primaires, M. Bloomberg se doit d'enregistrer de très bons résultats lors de ce "Super Tuesday".

Equivalent sur le terrain d'une offensive en ligne pharaonique (ses spots de campagnes ont inondé chaînes de télé et réseaux sociaux), Michael Bloomberg compte ainsi sur l'aide d'un réseau national d'influence construit depuis plus d'une décennie.

Selon une enquête du New York Times, il a dépensé quelque 10 milliards de dollars en oeuvres de bienfaisance et financements politiques pour faire avancer les causes qui lui tiennent à coeur. Parmi les bénéficiaires, l'association écologiste Sierra Club ou encore le planning familial.

"Quand vous aidez quelqu'un, comme toujours dans la vie, il vous aidera en retour", philosophe Abby Spangler, activiste anti-armes devenue co-directrice de campagne pour M. Bloomberg en Virginie. "Il s'est toujours battu pour de meilleures lois sur les armes en Amérique. Donc quand il a décidé d'être candidat à la présidentielle, j'étais à fond!"

Si "Moms demand action" n'a pas officiellement déclaré soutenir M. Bloomberg, beaucoup de membres ont spontanément fait ce choix, individuellement. "Nous avons vu le travail qu'il a fait, donc bien sûr nous allons l'aider", s'enthousiasme Asieh Kehwari, une autre "Mom" présente samedi.

Et parmi les quelques centaines de personnes venues écouter M. Bloomberg ce jour-là, les tee-shirts rouges emblématiques des "Moms" sont bien visibles. Le candidat n'oubliera pas, d'ailleurs, de saluer leur travail dans son discours.

Car le septuagénaire mesure leur rôle essentiel de relais auprès des électeurs. A chaque scrutin, les "Moms" font le tour des quartiers afin de pousser le candidat qu'elles ont choisi de soutenir. "Nous avons l'expérience du terrain, et nous savons à quel point c'est important", appuie Asieh Kehwari.

Après le meeting, elle et les autres ont passé leur après-midi à faire du porte-à-porte pour M. Bloomberg.

- Retour sur investissement -

La Virginie joue un rôle crucial dans les primaires car c'est le quatrième Etat en termes de nombre de délégués parmi ceux qui voteront mardi (elle en fournit 99, sur 1.991 nécessaires pour remporter l'investiture démocrate). Michael Bloomberg y revendique la plus grosse équipe de campagne, avec plus de 80 employés et sept bureaux.

Et dans cet Etat historiquement conservateur, qui vire démocrate à mesure qu'il s'urbanise, le soutien des "Moms" s'est souvent montré gagnant.

Lors des élections de mi-mandat, en 2018, c'est avec leur aide que trois candidates démocrates ravissent leur siège à la chambre basse américaine à des républicains -- tous très bien notés par le puissant lobby des armes NRA.

Et en 2019, coup de tonnerre: les démocrates, avec l'aide du portefeuille bien garni de M. Bloomberg, prennent le contrôle de la chambre et du sénat locaux, une première depuis 25 ans. La lutte contre les armes à feu était devenue le premier sujet de préoccupation des électeurs, quelques mois seulement après une fusillade ayant fait 12 morts à Virginia Beach.

Aujourd'hui, pour les primaires, Michael Bloomberg espère la même issue que lors de ces victoires passées: un bon retour sur investissement.