Trois Etats américains --la Floride, l'Illinois et l'Arizona-- votaient mardi dans l'anxiété causée par le coronavirus pour départager Joe Biden et Bernie Sanders dans la longue course à l'investiture démocrate pour la présidentielle.

Un quatrième Etat, l'Ohio, devait à l'origine participer à cette nouvelle étape de sélection du candidat désigné pour affronter le 3 novembre le républicain Donald Trump.

Mais face à la progression rapide de la pandémie (au moins 5.700 cas et 96 morts aux Etats-Unis), le gouverneur de l'Ohio a annoncé tard lundi le report de cette primaire, refusant d'imposer "une situation inacceptable de danger" aux agents électoraux et aux votants.

"Se rendre aux urnes dans un contexte d'épidémie de coronavirus est une décision personnelle et nous respectons le choix de chacun des électeurs", a tweeté mardi Bernie Sanders, en appelant les citoyens à se conformer aux directives des autorités sanitaires.

De fait, l'affluence semblait réduite dans de nombreux sites. Ainsi, le bureau de vote de la caserne de Coral Gables, au sud de Miami, était vide en début de matinée.

"Je pense que les gens ne veulent pas prendre le risque pour une primaire", a confié à l'AFP Aaron Simcox, 52 ans. Comme lui, près de 2 millions d'électeurs de Floride ont voté par anticipation ou correspondance.

"Si vous votez en chair et en os, s'il-vous-plaît lavez-vous les mains, ne touchez pas votre visage et restez à 1,80 m de distance des autres dans la file d'attente", a conseillé Joe Biden, ancien vice-président de Barack Obama.

Donald Trump avait jugé lundi "inutile" de reporter les primaires.

La Louisiane, la Géorgie, le Kentucky et le Maryland, qui devaient voter plus tard, ont d'ores et déjà reporté leurs scrutins à mai et juin. D'autres Etats pourraient rapidement suivre.

- Une campagne imprévisible -

Alors qu'il a déjà décroché plus de délégués, clé de l'investiture démocrate, Joe Biden enregistre quelque vingt points d'avance dans les sondages nationaux sur son rival bien plus à gauche, le sénateur indépendant Bernie Sanders.

Les scrutins de mardi pourraient permettre à l'ex-bras droit de Barack Obama d'obtenir un avantage décisif.

Mais l'impact du coronavirus sur cette campagne, qui a déjà enregistré de spectaculaires rebondissements, reste imprévisible.

Joe Biden peut compter sur le soutien du camp modéré, dont plusieurs ex-candidats à la présidentielle et d'influents élus qui voient en lui le meilleur candidat pour "battre Donald Trump", objectif numéro un des électeurs démocrates.

Célèbre pour ses gaffes, il aurait fallu que Joe Biden, 77 ans, s'effondre lors du onzième débat démocrate dimanche soir pour que Bernie Sanders, 78 ans, puisse vraiment espérer reprendre le dessus mardi.

Mais l'ancien vice-président a fait un bon débat. Et annoncé, en premier, qu'il choisirait une femme à ses côtés pour briguer la vice-présidence.

- Neil Young en ligne -

Après une série d'échecs, Bernie Sanders, socialiste autoproclamé, avait reconnu la semaine dernière qu'il n'était pas parvenu à convaincre de sa capacité d'empêcher Donald Trump d'empocher un second mandat.

Très populaire chez les jeunes, le sénateur s'accroche toutefois à la course et a profité du débat dimanche pour interpeller Joe Biden sur certaines positions potentiellement embarrassantes de sa longue carrière en politique, avec plus de 35 ans passés au Sénat et huit à la vice-présidence.

Comme pour donner des gages à l'aile plus progressiste du parti, Joe Biden a de son côté annoncé dimanche qu'il adoptait deux propositions: l'une de Bernie Sanders sur l'allègement de la dette étudiante et l'autre de son ancienne rivale, la sénatrice Elizabeth Warren, pour protéger notamment les Américains des créanciers qui "abusent" du système.

Cela ne va pas assez loin, a répliqué Bernie Sanders. Mais le sénateur l'a encore promis: s'il perd les primaires, il soutiendra le candidat démocrate.

Joe Biden, lui, a martelé l'argument qu'il oppose à son rival pour se présenter en candidat plus pragmatique: "Les gens veulent des résultats, pas une révolution".

Dans un pays de plus en plus paralysé à cause du coronavirus, les rivaux font désormais campagne en ligne.

Joe Biden et son épouse Jill ont parlé lundi par écrans interposés avec des électeurs.

Soutenu par une ribambelle d'artistes à la mode, Bernie Sanders a organisé un meeting en ligne avec en tête d'affiche prestigieuse le musicien Neil Young.