Pete Buttigieg et Bernie Sanders en tête, les candidats à l'investiture démocrate pour la présidentielle américaine sillonnaient samedi le New Hampshire, qui se prononcera mardi, un scrutin déjà capital après le coup d'envoi calamiteux des primaires dans l'Iowa.

Le jeune ex-maire de South Bend --ville moyenne de l'Indiana -- au programme modéré et rassembleur, et le sénateur "socialiste" autoproclamé sont sortis renforcés du débat télévisé qui rassemblait vendredi soir à Manchester les sept candidats qualifiés.

Ils mènent dans les sondages dans cet Etat du nord-est, avec une légère avance pour Bernie Sanders grâce à son implantation dans le Vermont voisin.

Suivent la sénatrice progressiste Elizabeth Warren, l'ancien vice-président Joe Biden et la sénatrice modérée Amy Klobuchar.

"Et si on mettait la corruption et les tweets derrière nous?", a lancé Pete Buttigieg devant ses partisans à Keene.

Il a assuré être "le mieux préparé pour battre Donald Trump", grâce au soutien des démocrates, des "indépendants qui veulent vraiment que ça change" et de ceux qu'il appelle les "futurs ancien républicains".

L'ancien élu local a volontiers admis vendredi ne pas être "l'homme avec le plus d'années d'expérience à Washington", mais prône la fin de "la politique du passé", une pique à Bernie Sanders, 78 ans, et Joe Biden, 77 ans.

Pete Buttigieg et Bernie Sanders ont revendiqué chacun la victoire dans l'Iowa, qui a ouvert lundi la saison des primaires.

Le scrutin a pourtant tourné au fiasco avec des erreurs dans les résultats officiels diffusés seulement jeudi. Le parti démocrate a dû se résoudre à ne déclarer aucun vainqueur tant que les bulletins n'auront pas été revérifiés.

- Biden sous pression -

Inconnu du grand public il y a un an, Pete Buttigieg est devenu à 38 ans un adversaire crédible et une cible pour ses rivaux.

L'équipe de Joe Biden, favori des sondages nationaux mais relégué à la quatrième place dans l'Iowa, a raillé dans un clip vidéo diffusé samedi les accomplissements de "Mayor Pete" dans sa ville par rapport à ceux de l'ancien vice-président de Barack Obama.

D'un côté: Obamacare, la grande réforme de l'assurance santé, ou le sauvetage de l'économie après la crise financière de 2008. De l'autre: les illuminations des ponts ou la rénovation des trottoirs de South Bend (100.000 habitants).

Sans oublier le déficit d'image de M. Buttigieg auprès de la communauté noire, qui vote majoritairement démocrate.

Ce spot "en dit plus sur sa position dans la course que sur la perspective de Pete comme maire et ancien militaire", a répondu le porte-parole du trentenaire à l'adresse de M. Biden.

La pression est forte sur Joe Biden, qui a réorganisé en urgence son équipe cette semaine.

Lors d'une réunion à Manchester, la plus grande ville du New Hampshire, il a affirmé que le parti prendrait "un risque" s'il donnait l'investiture "à quelqu'un qui n'a jamais eu de poste plus élevé que maire".

Vendredi soir, lors du débat télévisé, Pete Buttigieg a déjà été attaqué sur son manque d'expérience nationale et sur sa campagne, financée selon M. Sanders par "40 milliardaires".

- "Créer la surprise" -

Bernie Sanders et son programme très à gauche ont été les autres cibles de Joe Biden samedi. "On a tous des plans progressistes, mais la question est +qui peut transformer ces plans en vrais programmes et progresser+?", a-t-il dit.

Si l'Iowa a créé une nouvelle dynamique pour les co-vainqueurs, le New Hampshire pourrait marquer un coup d'arrêt pour les autres candidats en cas de mauvais score.

Elizabeth Warren, troisième dans les récents sondages locaux, et Amy Klobuchar, cinquième, ont bien négocié l'obstacle du débat et espèrent rester dans la course.

Mme Klobuchar, qui chasse sur le même terrain que Pete Buttigieg et Joe Biden, a appelé ses partisans à "créer la surprise et gagner (...) avec les meilleures idées, les plus audacieuses et la bonne manière de les réaliser".

Signe de sa soirée réussie vendredi, elle a annoncé avoir levé 1,5 million de dollars depuis le débat.

Joe Biden a pour sa part admis qu'il ne gagnerait probablement pas le New Hampshire. Il compte rebondir aux primaires des Etats du sud, où il bénéficie du soutien de la communauté noire, en Caroline du Sud le 29 février, puis lors du "Super Mardi" le 3 mars.

Il faudra toutefois alors compter avec l'ancien maire de New York Michael Bloomberg, qui entend incarner comme lui l'aile modérée du parti.

Milliardaire au budget quasiment illimité, l'homme d'affaires a dépensé plusieurs centaines de millions de dollars de publicités avant son entrée en lice.