La défense s'organise autour de Donald Trump, menacé par une procédure de destitution pour avoir demandé l'aide d'un gouvernement étranger dans la campagne présidentielle: son chef de la diplomatie et son avocat personnel refusent le calendrier que tentent de leur imposer les élus démocrates du Congrès.

En réponse aux injonctions envoyées vendredi par les parlementaires démocrates, le secrétaire d'Etat Mike Pompeo a jugé mardi qu'il n'était "pas faisable" que le Congrès commence dès mercredi à entendre cinq diplomates susceptibles de leur fournir des informations sur le scandale ukrainien dans lequel Donald Trump est englué.

Le secrétaire d'Etat, qui est lui-même l'objet d'une injonction formelle de trois commissions du Congrès pour leur livrer des documents nécessaires à leur enquête, s'exprimait dans une lettre virulente adressée à la Chambre des représentants, sans toutefois refuser clairement de se soumettre un jour à leur demande.

L'un des cinq diplomates, Kurt Volker, l'envoyé spécial des Etats-Unis pour l'Ukraine, a démissionné vendredi.

Les quatre autres sont l'ancienne ambassadrice des Etats-Unis à Kiev Marie Yovanovitch, le secrétaire d'Etat adjoint chargé des Affaires européennes George Kent, l'ambassadeur auprès de l'Union Européenne Gordon Sondland et un conseiller de M. Pompeo au département d'Etat, Ulrich Brechbuhl.

Les injonctions qui les concernent "ne peuvent qu'être comprises comme une tentative d'intimider, de harceler et de maltraiter les éminents professionnels du département d'Etat", estime M. Pompeo dans sa lettre.

Sommé lui aussi de livrer des documents au Congrès, l'avocat personnel du président, Rudy Giuliani, a tweeté lundi soir que l'injonction des élus démocrates soulevait "de graves questions en termes de légitimité et de constitutionnalité".

Sans refuser franchement de s'y soumettre, il a simplement promis de lui accorder "toute la considération qu'elle mérite".

Les démocrates reprochent à Donald Trump d'avoir demandé à son homologue ukrainien Volodymyr Zelensky, lors d'une conversation téléphonique il y a deux mois, d'enquêter sur l'ancien vice-président Joe Biden, bien placé pour porter les couleurs démocrates en 2020.

- "Protéger" le lanceur d'alerte -

M. Pompeo, un des membres les plus influents de l'administration Trump, faisait partie des personnes ayant écouté l'appel.

Donald Trump assure que son échange téléphonique estival avec Volodymyr Zelensky n'avait rien de répréhensible et s'en est encore pris mardi au président de la puissante commission du Renseignement de la Chambre des représentants, Adam Schiff, qui supervise l'enquête visant à le destituer. Il devrait être "poursuivi" pour ses déclarations "très malhonnêtes et négatives pour moi", a tweeté le président américain.

Pourtant les soupçons d'une utilisation par Donald Trump de la puissance de la diplomatie américaine à des fins politiques personnelles se multiplient.

Selon le New York Times, il a, lors d'un récent échange téléphonique, demandé au Premier ministre australien d'aider son ministre de la Justice William Barr à rassembler des éléments dans le but de discréditer l'enquête Mueller sur l'ingérence russe dans la présidentielle de 2016.

Comme lors de l'échange ukrainien controversé, la Maison Blanche aurait - démarche rare - limité l'accès à la transcription de cet appel à un tout petit groupe de personnes.

Parmi les transcriptions classifiées figure en outre celle d'une rencontre, en mai 2017 à la Maison Blanche, avec le chef de la diplomatie russe Sergueï Lavrov, au cours de laquelle M. Trump aurait déclaré que l'ingérence de la Russie dans l'élection présidentielle de 2016 ne l'inquiétait nullement, selon le Washington Post.

M. Trump veut connaître l'identité du lanceur d'alerte qui l'a accusé d'avoir sollicité l'ingérence de l'Ukraine dans l'élection de 2020. Mais plusieurs élus, démocrates comme républicains, l'ont mis en garde contre toute tentative de menace sur cette personne, qui serait un analyste de la CIA.

"Cette personne semble avoir respecté toutes les lois de protection des lanceurs d'alerte et elle doit être écoutée et protégée", a souligné l'influent sénateur républicain Chuck Grassley.