L'extrémiste de droite accusé de la pire attaque antisémite dans l'Allemagne d'après-guerre n'a pas exprimé de remords à ce sujet mercredi, alors que la vidéo de ses méfaits diffusée au deuxième jour de son procès a choqué l'audience.

Certains plaignants ont ainsi choisi de quitter la salle pendant que d'autres spectateurs se sont couvert les oreilles, ont baissé les yeux pour ne pas voir les images ou se sont tenu la main pour s'encourager, pendant la lecture de cette vidéo d'une demi-heure.

Stephan Balliet, un Allemand de 28 ans au visage impassible, n'a à nouveau exprimé aucun regret concernant son attaque le 9 octobre 2019 de l'édifice religieux de Halle (Saxe-Anhalt), dans l'est de l'Allemagne, en plein Yom Kippour, l'une des plus importantes fêtes religieuses dans le judaïsme.

L'accusé avait lui-même enregistré et diffusé en direct sur internet ses méfaits au cours desquels, à défaut de pouvoir commettre un massacre dans la synagogue, il avait abattu deux personnes, une femme de 40 ans dans la rue et un client de 20 ans d'un restaurant de kébabs.

Il s'était en cela inspiré de Brenton Tarrant, l'auteur des attentats racistes sanglants (51 morts) commis quelques mois auparavant contre deux mosquées à Christchurch en Nouvelle-Zélande, qui avait également diffusé en direct ses crimes.

On voit sur cette vidéo comment le tireur, crâne rasé, en tenue militaire et armé de plusieurs fusils qu'il avait confectionnés lui-même et de grenades, tente de forcer la porte de la synagogue dans laquelle se trouvaient 52 fidèles.

La porte résistant à ses coups de feu, il jette alors par-dessus le mur plusieurs grenades et cocktails molotov -qui feront peu ou pas de dégâts.

Après avoir proféré plusieurs remarques antisémites et conscient de son échec patent, le jeune homme s'y autodénigre en anglais à plusieurs reprises, se traitant de "bon-à-rien". Des commentaires qu'il a réitérés mardi à l'ouverture de son procès quand il a qualifié son attaque de "désespérée" et d'"échec".

"Attaquer la synagogue n'était pas une erreur, ce sont mes ennemis", a déclaré Stephan Balliet. Si des gens en étaient sortis, "alors je leur aurais tiré dessus", a-t-il ajouté.

Le procureur fédéral Kai Lohse lui a fait remarquer que chacun a droit à la vie, indépendamment de son origine ou de sa religion.

"Vous aurez un peu de temps pour y réfléchir", a-t-il estimé, faisant référence à la peine de prison à vie assortie d'une peine de sûreté de 15 ans qu'il encourt au terme de son procès prévu pour durer au moins jusqu'à mi-octobre.

La veille, il avait cependant présenté ses excuses pour les deux personnes qu'il avait abattues, l'une tuée "dans le feu de l'action" et l'autre parce qu'il croyait à tort qu'il s'agissait d'un musulman.

Stephan Balliet n'a toutefois pas caché qu'il prévoyait de commettre d'autres attaques le jour-même, notamment contre un centre culturel islamique de la ville : il n'en a été empêché que parce que son véhicule était abimé.